(image : http://dias-com-arvores.blogspot.com)
La manne céleste

et l'eau du rocher



(image : http://www.bible-et-histoire.com)






La nourriture du désert

 

Avant d'aborder l'entrée du peuple d'Israël en Terre promise, il est utile de porter un regard sur un sujet dont l'étude scientifique a donné des résultats surprenants : le ravitaillement des Hébreux au cours de leur voyage.

En traversant le désert du Sinaï, les Hébreux craignaient de manquer de nourriture, et ce souci fut un sujet de plaintes adressées à Moïse. Celui-ci implora son Dieu, qui répondit en faisant tomber sur le campement hébreu une nourriture céleste ayant la consistance de la mie de pain. "Mana" signifie "Qu'est-ce que c'est ?", et on imagine la surprise des campeurs lorsqu'ils virent au matin le sol ainsi recouvert de cette substance. La manne permit au peuple d'Israël de survivre pendant tout son voyage vers la terre de Canaan (Exode 16, 13-36).

Si cet épisode relève du miracle proprement dit, il peut sembler a priori inutile d'en rechercher des traces ou des explications rationnelles. Pourtant des orientalistes ne se sont pas privés d'étudier la question, et ont tenté de le relier à la manifestation d'un phénomène naturel.

Dès 1823, les deux naturalistes allemands Wilhelm Hemprich et Christian Gottfried Ehrenberg partirent en Orient à la recherche de la manne de l'Exode. Ils découvrirent qu'un arbuste poussant dans les déserts, le tamaris, vivait avec un insecte parasite, la cochenille, un animal qui produisait abondamment une substance naturelle se cristallisant normalement en un sucre comestible. Hemprich et Gottfried firent le rapprochement entre cette sécrétion naturelle et la manne décrite dans la Bible.

Au siècle suivant, les biologistes Frederick Simon Bodenheimer et Oskar Theodor trouvèrent à leur tour dans le Sinaï la même plante et observèrent également le phénomène. Ils l'identifièrent à un arbuste à petites feuilles en écailles et à fleurs roses, le tamarix mannifera ehr.





Le tamaris pousse dans les régions arides.
(image : http://www.biologie.uni-hamburg.de)



Il produit des fleurs de couleur rose caractéristiques.
(image : http://perso.wanadoo.fr/jj.baumann)


 

         La substance est sécrétée par des cochenilles de l'espèce coccus manniparus. Elle est riche en sucres et a une consistance fondante. Au matin, cette nourriture tombe sur le sol en grande quantité et forme parfois des tapis entiers. C'est dans le nord du Sinaï qu'elle est la plus abondante. Elle est encore vendue par les bédouins, trouve plusieurs utilisations et se conserve facilement. Les Européens firent ainsi connaissance avec ce qui avait pu nourrir le peuple d’Israël durant quarante ans.






La manne serait une sécrétion naturelle liée au tamaris.
(image : http://www.slowfood.com)



            La manne n'est pas la seule nourriture providentielle évoquée dans l’Exode. Les Israélites se plaignirent de la monotonie du menu et insistèrent pour manger de la viande. Dieu en fut irrité, mais leur envoya des volées entières de cailles pour qu'ils puissent s'en nourrir. Des oiseaux innombrables vinrent recouvrir entièrement le camp des Israélites, qui se jetèrent sur cette nourriture avec avidité. Ils en dévorèrent au point que les plus voraces consommateurs furent punis d'une mort subite, à cause de leur consommation excessive (Ex. 16, 13 ; Nb. 11, 4-35).

Une explication de l'épisode des cailles a été proposée qui tient aux grandes migrations. Lorsque ces oiseaux provenant de l'Egypte traversent la mer Rouge et arrivent sur la côte ouest du Sinaï, elles se posent épuisées après avoir parcouru un long parcours ; il suffit alors de tendre la main pour s'en saisir. C'est peut-être de cette manière que les Hébreux ont pu compter sur cette nourriture. Ces caractéristiques géographiques s'observent encore aujourd'hui, et figurent même dans la description des circuits touristiques :

        "D'autres vallées comprennent Ras Mattarqua et al-Gharandel qui abondent aussi en végétaux, et Abu Gada où l'on trouve des tamaris et des variétés de cailles et de perdrix de montagne au moment de leurs périodes migratoires".

 

L'eau sortant du rocher


            En s'enfonçant dans le désert du Sinaï, les Hébreux se trouvèrent rapidement sans eau potable. Ils firent remonter leur plainte auprès de Moïse, qui se tourna de nouveau vers Yahvé. Alors Dieu dit à Moïse de prendre son bâton et d'en frapper un rocher, dont il fit sortir de l'eau (Ex. 17, 1-7).

Cette scène n'a rien d'étonnant pour un hydrogéologue qui connaît la région du Sinaï. Les montagnes du sud de la péninsule sont constituées de couches stratigraphiques inclinées en pente douce et constituées de granite, de gabbro et de porphyre. Les fissures dans le granite sont comblées par des filons de porphyre faciles à creuser. Entre deux couches le niveau de la nappe phréatique affleure, de telle sorte que quelques coups de pioche suffisent pour l'atteindre et faire jaillir une source. Cette méthode fournit encore de l'eau potable aux bédouins aujourd'hui.






Une source à Hammam Far'oan, dans le désert du Sinaï.

(image : http://www.youregypt.com)


Une source dite miraculeuse, supposée couler
 dans le Sinaï depuis l'intervention de Moïse.
(image : http://homepage.ntlworld.com/yvan.cartwright)










Références :

[1] - I. Foldi : "Les cochenilles" (2ème partie). Insectes n° 130, 2003 (3), pp. 27-30.
[2] - F.S. Bodenheimer : "The Manna of Sinai". The Biblical Archaeologist, Vol. 10, No 1 (feb. 1947), pp. 2-6.
[3] - "Encyclopédie de la langue française" (encyclopedie-universelle.com).
[4] - M. White : "The Other Side of the Sinai : Ras Sidr" (touregypt.net).
[5] - A. Issar : "La Bible et la science font-elles bon ménage ? Les plaies d'Egypte et de l'Exode passées au crible de l'hydrogéologie". La Recherche n° 283, janvier 1996.
[6] - A. Issar : "De l'eau fossile sous le Sinaï et le Néguev". Pour la Science, septembre 1985.




La suite : Les inscriptions du désert

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