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(dias-com-arvores.blogspot.com)
La manne céleste

et l'eau du rocher


(bible-et-histoire.com)







Quatre décennies passées en plein désert, entre l'Egypte et Canaan, avaient contraint les Hébreux à vivre dans un grand dépouillement. Ce long séjour dans le Sinaï précéda leur entrée dans le pays que l'Eternel leur avait réservé. Avant d'examiner les récits de la conquête, il est utile de revenir sur une question qui a suscité d'intéressants travaux de recherche contemporains : le ravitaillement des Hébreux au cours de leur voyage.

L'eau sortant du rocher


            En s'enfonçant dans le désert du Sinaï, les Israélites se trouvèrent rapidement sans eau potable. Ils protestèrent à ce sujet auprès de Moïse, qui fit remonter leur plainte vers Dieu. L'Eternel conseilla à Moïse de prendre son bâton et d'en frapper un rocher, dont un filet d'eau sortit (Ex. 17, 1-7).

            Si cet épisode est véritablement de nature miraculeuse, il paraît vain à première vue d'en rechercher des traces ou des explications rationnelles. Mais cette scène n'a en fait rien d'étonnant pour un hydrogéologue qui connaît bien la péninsule sinaïtique. En 1930, le major britannique Claude Scudamore Jarvis rapporta une anecdote qui révéla un processus naturel. Un régiment de soldats soudanais ayant fait halte dans une vallée aride du Sinaï se mit à chercher de l'eau en creusant dans le sable au pied d'une paroi. L'un  des sous-officiers heurta la roche qui se brisa en laissant apparaître une couche minérale plus tendre, d'où un filet d'eau s'échappa. Les soldats firent immédiatement le rapprochement avec le miracle opéré par Moïse, et qualifièrent leur chef de prophète [1].

            Le phénomène géologique est aujourd'hui bien compris. Les montagnes de la partie sud de la presqu'île sont constituées de strates géologiques inclinées en pente douce et composées de granite, de gabbro et de porphyre. Les fissures dans le granite sont comblées par des filons de porphyre faciles à creuser. Entre deux couches le niveau de la nappe phréatique affleure, de telle sorte que quelques coups de pioche suffisent pour l'atteindre et faire jaillir une source. Cette pratique fournit encore de l'eau potable aux bédouins d'aujourd'hui [2].

            Par ailleurs, en analysant des échantillons d'eau prélevés en divers points du massif du Sinaï, le géologue Arie Issar, de l'université Ben Gourion du Néguev, a constaté que leurs propriétés isotopiques étaient identiques. Autrement dit, les eaux souterraines du Sinaî présentent une grande homogénéité de composition ; celle-ci ne peut s'expliquer que par l'existence d'un immense aquifère dans tout le sous-sol de la péninsule. Ainsi, des quantités d'eau gigantesques semblent enfouies sous ce vaste désert, constituant de précieuses réserves susceptibles de trouver une utilité dans le futur [3].

 




Une source à Hammam Far'oan, dans le désert du Sinaï.
(youregypt.com)


 La source dite de Wadi Musa spring, près de Pétra.
(homepage.ntlworld.com)


           

La manne du désert

 

Les Israélites craignant de manquer de nourriture au cours de la marche, adressèrent également des plaintes en ce sens auprès de Moïse. Celui-ci se tourna vers Dieu, qui résolut le problème en faisant tomber quotidiennement sur le camp hébreu une nourriture miraculeuse ayant la consistance de la mie de pain : la manne. "Mana" signifie "qu'est-ce que c'est ?", et on imagine la surprise des campeurs lorsqu'ils virent pour la première fois à leur réveil le sol recouvert de cette substance. La manne permit au peuple d'Israël de survivre pendant son voyage vers le pays de Canaan (Exode 16, 13-36).

Le récit de ce phénomène miraculeux et extraordinaire n'a pas empêché des orientalistes occidentaux de se pencher sur la question, et de tenter de le relier à la manifestation d'un processus naturel.

Dès 1823, deux naturalistes allemands, Wilhelm Hemprich et Christian Gottfried Ehrenberg, partirent en Orient pour enquêter au sujet de la manne de l'Exode. Ils y découvrirent qu'une variété d'arbustes poussant dans les déserts, le tamaris, vivait avec un insecte parasite, la cochenille, animal qui produit une substance naturelle se cristallisant normalement en un sucre comestible [4]. Hemprich et Gottfried firent le rapprochement entre cette sécrétion naturelle et la manne décrite dans la Bible.

Au siècle suivant, les biologistes Frederick Simon Bodenheimer et Oskar Theodor se rendirent dans le Sinaï. Ils retrouvèrent cette plante, et constatèrent également le même phénomène. Ils identifièrent précisément la plante et la décrivirent comme un arbuste à petites feuilles en écailles et à fleurs roses, le tamarix mannifera ehr [5][6].







Le tamaris pousse dans les régions arides.
(biologie.uni-hamburg.de)



Il produit des fleurs de couleur rose caractéristiques.
(perso.wanadoo.fr/jj.baumann)




            Le produit sécrété est fabriqué par des cochenilles de l'espèce coccus manniparus. Riche en sucres, il a une consistance fondante. Au matin, cette nourriture tombe sur le sol en grandes quantités et recouvre parfois des surfaces entières. C'est dans le nord du Sinaï qu'elle est la plus abondante. Elle est encore vendue par les bédouins, trouve plusieurs utilisations et se conserve facilement. Les chercheurs européens auraient ainsi découvert la nourriture naturelle qui alimenta le peuple d’Israël durant les quarante ans passés au désert.





La manne serait une sécrétion naturelle liée au tamaris.
(slowfood.com)




Les cailles


            Cependant la manne n'est pas la seule nourriture providentielle évoquée dans l’Exode. Les Israélites se plaignirent de la monotonie du menu et demandèrent à manger de la viande. Dieu s'en irrita mais consentit à leur envoyer des volées entières de cailles pour qu'ils puissent s'en nourrir. D'innombrables oiseaux vinrent recouvrir entièrement le camp des Israélites, et ceux-ci se jetèrent sur cette nourriture avec avidité. Ils en dévorèrent à l'excès, au point que les plus voraces consommateurs furent frappés d'une mort subite, à cause de leur consommation excessive (Ex. 16, 13 ; Nb. 11, 4-35).

Il a été proposé une explication à l'épisode des cailles, qui tient aux grandes migrations. Lorsque ces oiseaux venant d'Egypte traversent la mer Rouge et parviennent sur la côte ouest du Sinaï, ils se posent épuisés après leur long trajet effectué au-dessus de l'eau ; il suffit alors de tendre la main et les volatiles se laissent saisir. C'est peut-être de cette manière que les Hébreux ont pu bénéficier de cette nourriture. Ces caractéristiques géographiques s'observent encore aujourd'hui, et se lisent même dans la description des circuits touristiques de l'ouest du Sinaï [7] :

        "D'autres vallées comprennent Ras Mattarqua et al-Gharandel, qui abondent aussi en végétaux, et Abu Gada où l'on trouve des tamaris et des variétés de cailles et de perdrix de montagne au moment de leurs périodes migratoires".

          Dans son principe, la démarche consistant à attribuer aux miracles de la Bible des causes scientifiquement explicables peut se discuter. L'intention des explorateurs était sans doute de soutenir la crédibilité des récits de l'Exode, en les reliant à des spécificités géographiques locales. L'inconvénient de cette approche est qu'en voulant tout expliquer, elle tend à réduire le caractère surnaturel de l'action divine. Cela dit, le miracle peut également résider dans l'ampleur exceptionnelle des phénomènes, suffisants pour avoir assuré l'alimentation de tout un peuple durant quatre décennies.




Références :

[1] - W. Keller : "La bible arrachée aux sables". Famot, Genève 1975.
[2] - A. Issar : "La Bible et la science font-elles bon ménage ? Les plaies d'Egypte et de l'Exode passées au crible de l'hydrogéologie". La Recherche n° 283, janvier 1996.
[3] - A. Issar : "De l'eau fossile sous le Sinaï et le Néguev". Pour la Science, septembre 1985.
[4] I. Foldi : "Les cochenilles" (2ème partie). Insectes n° 130, 2003 (3), pp. 27-30 (inra.fr).
[5] F.S. Bodenheimer : "The Manna of Sinai". The Biblical Archaeologist, Vol. 10, No 1 (feb. 1947), pp. 2-6.

[6] "Encyclopédie de la langue française" (encyclopedie-universelle.com).
[7] M. White : "The Other Side of the Sinai : Ras Sidr" (touregypt.net).







La suite : Les inscriptions du désert

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