A propos du tombeau du Christ





        Après la crucifixion de Jésus, la tombe où il fut enseveli aurait été offerte par un prêtre du temple, Joseph d'Arimathie (Matthieu 27, 60). Les évangiles situent cette tombe tout près du lieu d'exécution, appelé "Golgotha, c'est-à-dire : lieu du crâne" (Marc 15, 22). Elle est située "près de la ville" (Jean 19, 20), "hors de la porte" (Hébreux 13, 12), "dans un jardin" (Jean 19, 41) et "taillée dans le roc" (Luc 23, 53). La sépulture offerte par Joseph d'Arimathie était neuve à l'époque où le corps de Jésus y fut déposé (Mt. 27, 60). Nous apprenons encore dans le récit de la Resurrection, qu'elle était fermée par une pierre roulée (Mt. 28, 2 ; Mc 16, 3).


La basilique du Saint-Sépulcre


        La tradition situe le tombeau de Jésus-Christ sous l'actuelle basilique du Saint-Sépulcre, à l'ouest du mont du temple [1][2]. A l'époque de la mort de Jésus, le site de la future basilique se trouvait à l'extérieur de l'enceinte fortifiée de la ville. Un second rempart fut construit par Hérode Agrippa Ier vers 44, intégrant désormais le lieu saint qui se trouve aujourd'hui en plein coeur de Jérusalem.

        La connaissance de l'emplacement de la tombe de Jésus fut perdue au IIème siècle, lorsqu'à la suite de la révolte juive de 132, l'empereur romain Hadrien fit raser Jérusalem et tous ses lieux saints. Il fit élever une immense esplanade dans la zone de la future basilique, sur laquelle on bâtit un temple à Jupiter, Junon et Vénus.

        Lorsqu'en 323 l'empereur Constantin se convertit au christianisme, il fit démolir le temple païen. L'évêque Eusèbe de Césarée raconte qu'en creusant sous l'esplanade, on retrouva rapidement la tombe du Christ, au milieu d'autres tombes. Toutefois il ne précise pas comment elle fut identifiée. Un autre document indique que la découverte du Sépulcre incombe à sainte Hélène, mère de Constantin, à la suite d'un rêve qui lui en révéla l'emplacement [3]. En 326, Constantin  fit construire au-dessus de cette tombe un sanctuaire chrétien, l'Agia Anastasis (ou Sainte Résurrection) [4].

 



La basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem.
(image : http://www.wcg.org/lit/jesus/holy_sepulchre.jpg)
 


Copie de l'ancien édicule représentant
le tombeau du Christ dans la basilique.
(image : http://www.christusrex.org/www2/baram/B-sepulchre.html)



        Lorsqu'on édifia la grande rotonde de l'Agia Anastasis, on dégagea entièrement le tombeau supposé du Christ, en isolant le bloc rocheux dans lequel il était taillé. Le caveau et la gangue de pierre qui l'entourait formèrent un imposant édicule, que l'on plaça prestigieusement au centre de la rotonde. Mais le lieu subit ensuite les vicissitudes de l'Histoire. En 1009, le calife arabe Al-Hakim détruisit la basilique. Il s'acharna en particulier sur le tombeau de Jésus, qui fut littéralement pulvérisé ! Aujourd'hui il ne reste plus du Sépulcre que quelques morceaux ... Pour le remplacer, on tailla alors un nouvel édicule, toujours en place aujourd'hui mais sans grand intérêt. Quant à la basilique actuelle, elle a été bâtie pour l'essentiel au XIIème siècle par les Croisés.


La tombe du Jardin


        Il existe à Jérusalem un second lieu pouvant s'apparenter au tombeau de Jésus-Christ. Connue sous le nom de "tombe du Jardin", une sépulture restée pratiquement intacte depuis l'antiquité attire les visiteurs [5]. Elle est située dans un jardin à l'extérieur de la porte de Damas, au nord-ouest du mont du Temple. Découvert en 1867 par le général britannique Charles Gordon, ce caveau est tout proche d'un autre lieu proposé pour le Golgotha (voir article). La tombe se présente comme une sépulture taillée dans le rocher, contenant deux pièces et visiblement conçue pour être fermée par une grande pierre circulaire, conformément à la description biblique. En 1970, l'archéologue Kathleen Kenyon estima que cette tombe était typique des sépultures des environs du premier siècle [6] ; aujourd'hui on la fait remonter au VIème siècle av. J.-C., ce qui est incompatible avec le fait qu'elle était neuve lorsque Jésus fut enterré [7]. C'est pourquoi la plupart des spécialistes ne la considèrent pas comme authentique.

        Comme les tombes fermées par des pierres que l'on roule ne sont pas légion, la tombe du Jardin est encore candidate pour avoir été celle de Jésus. Elle est particulièrement appréciée des protestants. Quoi qu'il en soit, cette sépulture donne une image assez représentative de celle décrite dans les évangiles, telle qu'elle se présentait à l'époque de la mort de Jésus et de sa résurrection.





La tombe dite du Jardin, autre lieu possible
où l'enterrement de Jésus a pu se faire.

(image : http://www.anchorstone.com)



        A quelques mètres de la tombe du Jardin, est creusée dans le sol une vaste citerne d'une capacité de près d'un million de litres. Datée de l'ère pré-chrétienne, elle suggère que le site a pu être effectivement une exploitation agricole ou un jardin. On a suggéré que c'est dans cette citerne que sainte Hélène retrouva la croix du Christ, comme il est précisé dans plusieurs textes anciens (voir article) ?


Le tombeau de Talpiot


        En 2007, la diffusion télévisée d'un documentaire intitulé "Le tombeau de Jésus", réalisé par l'archéologue Simcha Jacobovici et le producteur James Cameron (l'auteur de "Titanic"), défraya la chronique. Il présentait un caveau funéraire du premier siècle découvert en 1980 à Talpiot, un quartier de la banlieue de Jérusalem. Il contenait une dizaine d'ossuaires dont six portaient des noms gravés. Parmi ceux-ci, on pouvait lire : "Jésus fils de Joseph", "Maria", "Yosé", "Matthieu", "Mariamene e Mara" et "Juda fils de Jésus". Les cinéastes affirmaient qu'il s'agissait de Jésus de Nazareth, que Mariamene n'était autre que Marie-Madeleine son épouse, et Juda leur fils. Maria était sa mère, et Matthieu et Yosé ses frères. La thèse s'appuyait essentiellement sur des calculs statistiques de fréquence des prénoms, et sur des analyses d'ADN des fragments d'ossements. En outre, un autre ossuaire célèbre gravé au nom de "Jacques fils de Joseph frère de Jésus" retrouvé par ailleurs, était montré comme provenant de cette tombe dont un ossuaire manquait.

        Le rapprochement avec le Jésus des évangiles paraît un peu forcé, pour plusieurs raisons. Les noms cités étaient très courants à l'époque : il existe près d'une centaine d'ossuaires au nom de Jésus ; l'expression "Jésus fils de Joseph" a été retrouvée dans deux ou trois autres tombes ; aucun texte ancien ne présente Jésus-Christ comme marié et père de famille ; aucune description des ossements n'est présentée et aucune trace de crucifixion n'est évoquée ; si Jésus de Nazareth est ressuscité et monté au Ciel, ces fragments d'os ne sont pas les siens ; le prénom de Marie-Madeleine n'était pas porté au Ier siècle, et il n'a rien à voir avec celui de Mariamene ; l'absence de parenté entre Mariamene et Jésus, indiquée par l'ADN, ne prouve pas qu'ils étaient mari et femme ; Marie-Madeleine n'est pas morte en Israël mais en Provence ; les traductions des prénoms ont plusieurs variantes possibles ; le contenu des boîtes a pu être remanié ; les probalilités peuvent soutenir des hypothèses mais ne constituent pas des preuves ; enfin, l'ossuaire "manquant" qu'on a rapproché de celui de Jacques n'était pas le bon, le responsable de l'inventaire ayant affirmé qu'il ne portait pas de nom. Au final, la diffusion de ce film povoqua majoritairement le scepticisme à cause de son manque de rigueur. Du côté des scientifiques, il n'a pas non plus convaincu grand monde [8][9].





L'entrée du caveau de Talpiot.
(image : http://dsc.discovery.com)


Conclusion


        Entre la basilique du Saint-Sépulcre, la tombe du Jardin et le caveau de Talpiot, quel est le véritable tombeau du Christ ? Cette question reste très discutée surtout depuis l'émergence des nouvelles théories. Le Saint-Sépulcre est soutenu par une longue tradition. La tombe du jardin est une hypothèse récente. L'histoire de la tombe de Talpiot s'accorde mal avec les évangiles. Mais en définitive, la mieux étayée par les témoignages historiques reste le Saint-Sépulcre. Quoi qu'il en soit, au-delà des recherches historiques et archéologiques, l'interrogation de fond n'est pas tant de savoir où Jésus est mort et où il fut enterré ; elle concerne plutôt le sens véritable que nous donnons à la mort de Jésus-Christ et à sa résurrection.





Références :

[1] - http://www.mfa.gov.il/MFA/History/Early History - Archaeology/Archaeological Sites in Israel - The Church of the
[2] - R.H Smith : "The Tomb of Jesus". The Biblical Archaeologist, Vol. 30, No 3 (sept. 1967).
[3] - http://holylandnetwork.com/jerusalem/a9.htm
[4] - http://www.interbible.org/interBible/decouverte/archeologie/1999/arc_990305.htm
[5] - http://www.gardentomb.com
[6] - Brochure distribuée à l'entrée du lieu-dit "la Tombe du Jardin" (lire).
[7] - http://www.sacred-destinations.com/israel/jerusalem-garden-tomb.htm
[8] - http://www.mondedelabible.com/article/index.jsp?docId=2296402
[9] - S. Pfann : "The Improper Application of Statistics in "The Lost Tomb of Jesus" ". University of the Holy Land, 2007 (lire).




La suite : Une date pour la crucifixion ?

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