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La barque des Saintes-Maries

(vatopaidi.wordpress.com)








            En-dehors du groupe des douze apôtres qui partirent diffuser le message de Jésus-Christ à travers le monde, d'autres disciples et parents de Jésus cités dans le Nouveau Testament ont également quitté la Terre sainte et connu des destins étonnants. Tragiques ou non, leurs parcours sont rapportés dans la littérature des premiers siècles et l'historiographie chrétienne primitive.

             Arrêtons-nous sur celui d'une poignée d'entre eux, à l'origine d'une tradition populaire établie dans le sud de la Gaule romaine : la barque des saintes Maries. Cette aventure et ses implications dans l'Histoire de l'Occident chrétien méritent qu'on s'y attarde.

             Le récit figure dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, composée au XIIIème siècle à partir de l'ensemble des documents alors disponibles, mais on le trouve également dans les révélations mystiques faites par la religieuse allemande Anne-Catherine Emmerich au XIXème siècle.

            Vers l'an 45, une dizaine de disciples de Jésus fuyant la persécution d'Hérode Agrippa se rendirent à Joppé, où ils furent pris par des Juifs hostiles à leur foi. On les condamna à être jetés dans une barque sans voile ni rames, et abandonnés en pleine mer au large de la Palestine.







Paroi abrupte de la montagne de la sainte-Baume, et entrée
 de la grotte où vécut sainte Marie-Madeleine.

(la-provence-verte.net)
 

Intérieur de la grotte de sainte Marie-Madeleine.
(saintebaume.dominicains.com)






            Dans cette frêle embarcation se trouvaient plusieurs proches du Nazaréen, parmi lesquels Marie-Madeleine, Marthe sa soeur probable, Lazare leur frère, Marie Jacobé une soeur de la Vierge, Marie Salomé la mère de deux apôtres et un certain Maximin, notable de Béthanie.

             Les occupants de la barque livrée au hasard des flots furent cependant sauvés par le souffle puissant d'un vent providentiel, qui les poussa jusqu'à la côte provençale de Camargue où ils accostèrent sans encombres ni pertes humaines. Ses occupants furent recueillis par des bergers, puis ils décidèrent de se séparer afin de prêcher l'évangile en des lieux différents du pays.

          L'histoire de la Provence traditionnelle est imprégnée des récits plus ou moins légendaires du destin de ces personnages. Marie-Madeleine prêcha quelques temps à Marseille aux côtés de Lazare, puis elle se retira dans une grotte de la montagne Sainte-Baume où elle vécut encore trente ans. Elle mourut dans la plaine où elle était descendue à la rencontre de Maximin.








Statues des saintes Marie Jacobé et Salomé dans une barque.
 Basilique des Saintes-Maries-de-la-Mer.
 
(herveda.free.fr)



Statue de sainte Sara. Basilique
des Saintes-Maries-de-la-Mer.

(herveda.free.fr)

 

        

            Maximin fut le premier évêque d'Aix-en-Provence ; il éleva un oratoire en l'honneur de Marie-Madeleine à l'emplacement de sa mort et du futur village de Saint-Maximin.

            Les autres passagers du navire ont également leurs destins, encore gravés dans la mémoire locale. Marthe s'installa à Tarascon où elle combattit avec succès la "Tarasque", un animal fabuleux qui dévorait ses habitants. Son frère Lazare serait devenu le premier évêque de Marseille, demeurant dans une grotte de la rive sud du lacydon jusqu'à ce qu'il soit arrêté, torturé et décapité. Enfin, les deux Marie Jacobé et Salomé seraient quant à elles demeurées en Camargue sur le site de l'actuel village des Saintes-Maries.

            La crédibilité historique de ces récits n'en finit pas d'être débattue. Le cas le plus connu et qui présente le plus d'intérêt archéologique est peut-être celui de Marie-Madeleine, dont le parcours est riche en éléments concrets découverts à la suite de nombreuses recherches. A sa mort, la sainte fut enterrée dans la chapelle que Maximin lui avait édifiée. Ses reliques y demeurèrent jusqu'au temps de l'invasion de la Gaule par les Sarrasins au VIIIème siècle, époque à laquelle sa tombe fut rendue invisible par des chrétiens qui craignaient une éventuelle profanation.





La crypte de Saint-Maximin.
(crc-resurrection.org)



       

            Un texte du IXème siècle attribué à Girart de Roussillon, fondateur de l'abbaye de Vézelay, rapporte que deux moines seraient venus chercher ses reliques en 745 ou 749 pour les porter à Vézelay. La version provençale dit pourtant que les ossements de la sainte ne quittèrent pas leur place de Saint-Maximin. Toujours est-il qu'après le départ des Sarrazins au Xème siècle, on avait perdu la trace des reliques de Marie-Madeleine.

            En 1254, le roi de France saint Louis était de retour d’une croisade, lorsqu'il fit un pèlerinage à la grotte de la Sainte-Baume. Intéressé par l'énigme des reliques, il chargea son neveu le comte de Provence Charles II d'Anjou, de mener des recherches afin de retrouver les restes de la sainte. En 1279, Charles II fit donc une enquête et entreprit des fouilles près du village de Saint-Maximin où la mémoire locale les situait.

            Charles d'Anjou explora l'ancien monastère cassianite de Saint-Maximin qui renfermait quatre sarcophages d'albâtre vides. Il décida de creuser une tranchée profonde dans le sol. Son intuition était bonne, car il exhuma en effet un cinquième sarcophage de marbre scellé. Lorsqu'on en souleva le couvercle, une odeur suave s'en dégagea tandis que l'on vit apparaître les ossements en désordre d'un corps humain presque entier. Etaient-ce ceux de la sainte Marie-Madeleine des évangiles ? L'examen de plusieurs indices allait permettre de le préciser.









Graffiti d'époque romaine tardive (Ve-VIe s.),
gravé sur une dalle de la crypte.

(crc-resurrection.org)



        

            Au milieu des ossements était posé un vieux morceau de liège qui tomba en poussière lorsqu'on le manipula. Il cachait un petit fragment de papyrus, sur lequel une inscription latine était inscrite, et qui pouvait se traduire par :

            "L'an de la Nativité 716, au mois de décembre, sous le règne d'Eudes, très pieux roi des Francs, au temps des ravages de la perfide nation des Sarrazins, très secrètement et pendant la nuit, le corps de la très chère et vénérable Marie Madeleine, par crainte de ladite nation perfide, a été transféré de son tombeau d'albâtre dans celui-ci de marbre, car il y est plus caché, après en avoir enlevé le corps de Sidoine".

            Le même cercueil contenait également un globe de cire, dans lequel une planchette de bois d'apparence encore plus ancienne portait inscrits en latin les mots suivants : "Ici repose le corps de Marie Madeleine".

            L'identité du corps de Marie de Magdala semblait donc authentifiée par deux inscriptions manuscrites.Mais ce ne furent pas les seuls indices déterminants. Charles d'Anjou constata que le squelette était presque complet, à l’exception de la mâchoire inférieure qui manquait. Il eut alors une inspiration qui allait se révéler providentielle. Désirant faire reconnaître par le Saint-Siège les reliques de la sainte, il partit pour Rome en emportant le crâne du personnage. Lorsqu'il rencontra le pape Boniface VIII à Saint Jean-de-Latran, il fut surpris d'apprendre qu'une mâchoire attribuée à Marie-Madeleine était précisément conservée dans la même basilique. On alla donc chercher la précieuse relique, et devant une foule de témoins rassemblée pour l'occasion, on confronta les deux parties de la tête : elles se complétaient exactement !

             Ce résultat spectaculaire suscita l'enthousiasme général, et le pape offrit à Charles la mâchoire inférieure. Le comte rapporta donc en Provence le chef complet, qui reprit sa place dans le caveau. La nouvelle de l'authenticité vérifiée des reliques se répandit dans l'Occident chrétien.

            Pour honorer la mémoire de Marie-Madeleine, une somptueuse basilique fut érigée au-dessus de la tombe. Aujourd'hui encore, un escalier descend depuis la partie gauche de la vaste nef vers une petite crypte, qui contient quatre splendides sarcophages de pierre ornés de bas-reliefs. Ce sont ceux de Maximin, de Sidoine, de Marcelle et de Marie-Madeleine. Cette dernière repose dans celui du fond, sur lequel est posé un reliquaire contenant son crâne. Lorsqu’on emprunte la volée de marches qui descend dans cette cave, on se trouve ainsi face au premier témoin de la Resurrection de Jésus-Christ.





Références :

[1] - Association de soutien à la tradition des saints de Provence (saintsdeprovence.com).
[2] - Fr. Ph. Devoucoux du Buysson O.P. : "Marie-Madeleine repose-t-elle à Saint-Maximin ?".Cahiers de la Sainte-Baume No 6, 1er déc. 1989.
[3] - U. Villevieille : "Nos saints de Provence". C.P.M. Marcel Petit, Raphèle-les-Arles 1995.
[4] - "La basilique de Saint-Maximin". Association des amis de la basilique Sainte-Marie-Madeleine (lesamisdelabasilique.fr).
[5] - G. de Nantes : "Sainte Marie-Madeleine est-elle venue en Provence ?" Il est ressuscité n° 83, juillet 2009 (crc-resurrection.org).
[6] - Fr. Ph. Devoucoux du Buysson, O.P. : "Visite de la basilique de la Madeleine à Saint-Maximin. Suivez le guide !". Maison Marie Magdeleine (afsmm.assoc.pagespro-orange.fr).





 




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