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La tour de Babel

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        Si l'on se reporte dans nos Bibles au début du chapitre 11 de la Genèse, on peut y lire que la catastrophe du Déluge est suivie du repeuplement de la Terre par les descendants de Noé. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas beaucoup plus sages que leurs prédécesseurs, puisque les hommes établis « dans une plaine au pays de Sennaar » entreprennent de bâtir une immense tour constituée de briques liées par du bitume et devant « s’élever jusqu’au ciel ». Dieu n'apprécie pas l'arrogance de cette œuvre, et intervient en brouillant leur langage afin qu'ils ne puissent plus communiquer entre eux. De ce fait, la construction de la ville s’interrompt et la population se disperse. Ainsi la Bible explique-t-elle la diversité des langues humaines (Gn. 11, 1-9).







Ce qui reste de la ziggurat de Babylone,
ou tour de Babel, vue d'avion
(zionministry.com)
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Une tour biblique

 

     C’est encore du côté de la Mésopotamie qu’il faut se tourner pour trouver un possible support archéologique à la « tour de Babel » biblique. Des puissantes cités qui prennent tour à tour le contrôle de la Mésopotamie, seule celle de Babylone présente une connexion attestée avec le monument évoqué dans la Genèse. Etymologiquement, le nom de Babel vient en effet de la racine hébraïque bbl qui signifie « mêler, confondre les langues », et qui désigne aussi en hébreu la cité de Babylone [1][2]. La même racine se retrouve en langue akkadienne, puisque Babylone se dit Bab-ilani, c’est-à-dire « porte des dieux ». Il ne fait aujourd’hui plus de doute que Babel et Babylone ont la même origine étymologique [3].

     Les ruines de l’ancienne Babylone se trouvent sur une rive de l’Euphrate, dans la partie centrale du pays où les deux fleuves sont les plus rapprochés. Ses vestiges ont été mis au jour au début du XXe siècle par la mission archéologique allemande de Robert Koldewey, qui y fouilla de 1899 à 1917. De très nombreux et impressionnants vestiges furent retrouvés, la plupart datant des périodes plus récentes de l’histoire antique de Babylone.

            La tour de Babel biblique pourrait s'apparenter à une ziggourat construite dans l’une des grandes cités mésopotamiennes. En 1913, les traces d’une ziggourat disparue ont effectivement été retrouvées à Babylone, mais dans un état de destruction tel qu’il n'en reste presque rien. Au contraire, ses anciens murs ont laissé la place à un fossé marécageux et la nappe phréatique a rendu le terrain impraticable. Le tracé de son contour, encore visible et inondé, forme un carré de quatre-vingt-dix mètres de côté. Comme toutes les ziggourats, le centre de l’édifice était fait de briques crues et la périphérie de briques cuites. Le bitume a effectivement servi de liant entre les matériaux. L’âge de sa construction est indéterminé, mais nous savons qu’elle date au moins de la période paléo-babylonienne. Fut-elle bâtie au temps du grand Hammourabi, l’hypothèse est fort probable, à moins qu’une première tour plus ancienne ait déjà existé auparavant.







Maquettes représentant la ziggurat
de Babylone et l'ancienne cité
(arethuse1.free.fr ; zionministry.com)
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            Bien que la ziggourat de Babylone ne se soit pas conservée, nous savons que, comme probablement toutes les ziggourats, elle était intégrée à un temple dédié à une divinité locale, en l'occurrence le dieu Mardouk. Nous savons aussi par des tablettes cunéiformes qu'elle était appelée « Etemenanki », c'est-à-dire « la demeure du ciel et de la terre ».

     Ce sont principalement des sources tardives qui nous informent sur la structure de l’édifice. La tour de Babylone s’est peu à peu dégradée durant l'Antiquité, avant d’être restaurée par les rois babyloniens Nabopolassar (658-605 av. J.-C.) et Nabuchodonosor II (604-562 av. J.-C.). Ces souverains nous renseignent eux-mêmes sur la forme que devait avoir le monument. Une représentation imagée de la ziggourat figure en effet sur une stèle de pierre noire, qui appartient aujourd’hui à la collection privée de Martin Schøyen. Elle montre un schéma de la tour de Babylone telle qu’elle était au temps du roi Nabuchodonosor II. Malgré le mauvais état de la pierre, la tour est reconnaissable vue de côté, avec les proportions relatives de ses différents étages. Le monarque est figuré avec un bâton dans la main gauche et un objet pointu non identifié dans la main droite. Détail précieux, le dessin de la tour est surmonté d’un plan du petit pavillon qui trônait à son sommet, avec ses cloisons et ses ouvertures. Une déclaration du roi gravée en signes cunéiformes figure sous l’illustration [4][5] :

 

«  Nabuchodonosor, roi de Babylone, je suis (...). Pour terminer E-Temen-Anki et E-Ur-Me-Imin-Anki, j’ai mobilisé tous les pays de la Terre et chaque dirigeant de chaque peuple du Monde. Aimé par Mardouk (...), de la mer supérieure à la mer inférieure, les nations lointaines, les peuples grouillant de monde, les rois des montagnes distantes et les îles lointaines (...). J’ai rempli leurs bases pour faire une haute terrasse. J’ai construit leurs structures avec du bitume et des briques cuites pour l’ensemble. Je les ai achevées en élevant leur sommet jusqu’au ciel et je les ai faites resplendir comme le soleil ».

     Précisons qu’à côté du nom d’E-Temen-Anki, celui d’E-Ur-Me-Imin-Anki désigne la ziggurrat de Borsippa que le roi affirme également avoir restaurée. Il faut croire que ces chantiers de reconstruction ont pris une ampleur considérable, pour qu’ils justifient un appel aussi large à la participation étrangère.






Stèle trouvée à Babylone et
portant une représentation de la ziggurat
(earth-history.com).



La ziggourat sur la stèle de Babylone
et le roi Nabuchodonosor II
(schoyencollection.com).




     Un autre document précieux est la « tablette de l'Esagil », qui se présente comme une copie faite à Uruk en 229 avant notre ère d’un texte plus ancien [6]. Traduite également par George Smith, elle porte une description détaillée qui donne sa forme et ses dimensions. On y apprend qu‘elle était constituée de sept étages, édifiés sur des terrasses superposées et reliées entre elles par des escaliers, que sa hauteur totale était également de quatre-vingt dix mètres. Voici un extrait de cette tablette [7] :


« Mesures de la base de l'Etemenanki. Voici la longueur et la largeur à considérer : 3x60 est la longueur, 3x60 est la largeur, mesurées en coudées standard (une coudée vaut environ 50 cm). Ses dimensions sont donc : 3x3 = 9 ; 9x2 = 18. Si tu ne connais pas la valeur de 18, la voici : 3 mesures de semence, superficie mesurée avec la petite coudée. Base de l'Etemenanki : la hauteur est égale à la longueur et à la largeur. Que le sage initié montre ceci à l'initié. Que le non-initié ne le voie pas. Tablette écrite, tracée et collationnée d'après une copie de Borsippa ... Uruk, mois de Kislimmu, 26e jour (12 décembre 229 av. J.-C.). Année 83 : Seleucos (II était) roi ».

 

     Ce texte à la mathématique quelque peu opaque illustre la complexité des méthodes de calcul employées par les Babyloniens. Mais peut-être s’agit-il un exercice d’écolier, dans lequel la tour aurait servi d’exemple pour un calcul de géométrie.




La tablette de l'Esagil
(ezida.com).


     Peu d'informations sont disponibles sur les pratiques pour lesquelles le monument a été conçu. Comme il était intégré à un temple, sa fonction première était à l’évidence rituelle, bien que d'autres usages aient été proposés comme celui d'observatoire astronomique. Le petit pavillon construit au sommet passe pour avoir occasionnellement servi à la « hiérogamie », une sorte de mariage sacré entre une femme et une divinité. Cette pratique est en effet rapportée par un témoignage de l'historien grec Hérodote d'Alicarnasse, qui lui consacre au Ve siècle avant notre ère un paragraphe dans ses notes de voyage [8] :


« Au milieu se dresse une tour massive, longue et large d'un stade, surmontée d'une autre tour qui en supporte une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à huit tours. Une rampe extérieure monte en spirale jusqu'à la dernière tour ; à mi-hauteur environ il y a un palier et des sièges, pour qu'on puisse s'asseoir et se reposer au cours de l'ascension. La dernière tour contient une grande chapelle, et dans la chapelle on voit un lit richement dressé, et près de lui une table d'or. Mais il n'y a point de statue, et nul mortel n'y passe la nuit, sauf une seule personne, une femme du pays, celle que le dieu a choisie entre toutes, disent les Chaldéens qui sont les prêtres de cette divinité. Ils disent encore (mais je n'en crois rien) que le dieu vient en personne dans son temple et se repose sur ce lit comme cela se passe à Thèbes en Égypte, à en croire les Égyptiens ».

 

            Avec le temps, la tour fut à nouveau délaissée et tomba peu à peu en ruines. En 323 av. J.-C., le conquérant Alexandre le Grand la fit démolir dans l’intention de la reconstruire entièrement, mais sa mort empêcha la réalisation de ce projet. Au fil des siècles, d’autres dommages ont dû également être causés par la récupération de ses briques comme matériaux de construction.













Références :

[1] - X. de Coster, « Jusqu’au ciel ! », Géographie et cultures, 85, 2013. http://gc.revues.org/2768.
[2] - C. Asensio : "Enquête sur les ziggourats". http://www.ezida.com/ziggourat.htm.
[3] - A. Parrot : Jean Deshayes, « Les civilisations de l'Orient ancien ». In: Syria, Tome 48, fascicule 1-2, 1971, pp. 228-231.
[4] - A. George : “A stele of Nebuchadnezzar II [Tower of Babel stele]”. In: A. George (ed.) : “Cuneiform Royal Inscriptions and Related Texts in the Schøyen Collection”. Bethesda, Md.: CDL Press, 2011, pp. 153-169. http://eprints.soas.ac.uk/12831.
[5] - « Tower of Babe stele ». MS2063. https://www.schoyencollection.com/history-collection-introduction/babylonian-history-collection/
tower-babel-stele-ms-2063

[6] - C. Iselin : "Tablette dite "de l'Esagil". Musée du Louvre, département des antiquités orientales : Mésopotamie. http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/tablette-dite-de-l-esagil.
[7] - Oeuvre : Tablette dite « de l’Esagil ». Département des Antiquités orientales : Mésopotamie. Etablissement public du musée du Louvre, Paris, Fr. https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/tablette-dite-de-l-esagil
[8] - A. Barguet : "Hérodote, l'enquête, livres I à IV", Gallimard 1964. Cité par C. Asensio : "Qui est Hérodote ?". http://www.ezida.com/ziggourat%20herodote.htm.












La suite : Les ancêtres d'Abraham


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