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(biblearchaeology.org)
La sortie

d'Egypte


(teachingcompany.12.forumer.com)







            La grande figure de Moïse apparaît au chapitre 2 de l'Exode, où il est question d'un enfant hébreu déposé à la naissance par sa mère dans un panier flottant sur le Nil, pour le sauver d'un génocide perpétré contre les nouveaux-nés israélites. En effet le roi d’Egypte hostile aux Hébreux a pris cette mesure d’extermination de tous leurs nouveaux-nés. L'enfant abandonné est toutefois recueilli par la fille du Pharaon, qui l'adopte et lui permet de grandir à la cour royale.

            Devenu adulte, son destin change le jour où il intervient en faveur d'un ouvrier hébreu maltraité dont il tue le contremaître. Craignant d'être poursuivi pour ce meurtre, Moïse s'enfuit dans le désert et se réfugie auprès du peuple de Madian. Là, un bédouin nommé Jéthro l'emploie comme berger. Il est alors témoin d'une apparition surnaturelle. Dieu se manifeste à travers un buisson enflammé et lui confie la mission de délivrer le peuple israélite de l'esclavage et de le conduire hors d'Egypte.





La Moïse sauvé des eaux. Fresque de la synagogue
de Doura Europos, Syrie, IIIe siècle

(
fr.wikipedia.org
).



            Moïse accepte de retourner auprès du Pharaon et négocie la libération du peuple prisonnier. Les prodiges divins étant sa force de persuasion, il n'obtient l'autorisation royale qu'au prix d'une succession de catastrophes naturelles qui s'abattent sur tout le pays : eau changée en sang, grêle, ulcères, peste du bétail, ténèbres, invasions de mouches, de moustiques, de grenouilles et de sauterelles, puis finalement mort des premiers-nés égyptiens. Seule cette dernière plaie parvient à faire plier le roi qui accorde enfin la liberté au peuple d'Israël. Celui-ci se prépare à quitter le pays et fête la première Pâque la veille de son départ.

            Alors que la population affranchie est déjà en route vers la frontière, le pharaon se ravise et lance sa cavalerie à la poursuite des fugitifs au moment où ils s'apprêtent à traverser la mer Rouge. Par un miracle spectaculaire, Moïse « ouvre la mer en deux » pour faire traverser le peuple, puis la referme en noyant la cavalerie égyptienne (Ex. 2-15).

            Ce récit épique n'a pas d'équivalent dans la mémoire et les archives égyptiennes. On peut comprendre que les Egyptiens n'aient pas voulu garder le souvenir de cet échec humiliant. La recherche d'éventuelles traces de cette épopée en est d'autant plus difficile, et ses résultats ne tiennent qu’à quelques points de comparaison culturels.

 

Moïse et les dix plaies d'Egypte

 

            C'est dans le domaine de la linguistique que l'on trouve les premiers indices significatifs sur le personnage de Moïse et les plaies d'Egypte. Le nom de Moïse provient sans doute du terme égyptien mosé qui signifie "enfant" ou "engendré", comme chez des personnages historiques connus tels que Thoutmosé, Kamosé, Ramosé ou Ahmosé. L'emploi du radical mosé sans paternité est en outre cohérent avec le contexte d'une adoption. Ce prénom égyptien est d'ailleurs attesté sous le Nouvel Empire.

            Le vocabulaire courant présente également des ressemblances frappantes entre les langues hébraïque et égyptienne, certains termes étant même identiques. Au début du XXème siècle, l'archéologue américain Melvin Kyle a établi une liste de termes employés dans le Pentateuque ayant à n'en pas douter une origine égyptienne [2][3] :

 

 

Désignation

Mot commun égyptien / hébreu

Désignation

Mot commun égyptien / hébreu

 

 

 

 

Tente de branchages

Succoth

Rouge

Dam

Tente de peaux

Ohel

Grenouille

Tsephardeim

Tour

Migdol

Pou

Kinnim

Maître, seigneur

Adon

Mouche

'Arobh

Vizir

Ab

Ulcère

Shehin

Coffre, berceau

Tba (hébreu : têbâh)

Grêle

Baradh

Jonc

Kam (hébreu : gomêh)

Sauterelle

'Arbeh

Vase

Sennu (hébreu : sinsénet)

Ténèbres

Hoshekh

Grand vase

Seri (hébreu : sêr)

Roseau

Suph



            Si l'existence de cette terminologie commune n'est pas le fruit du hasard, elle doit être le fruit d'importants emprunts de vocabulaire dus à un contact prolongé entre les deux cultures. On trouve également dans cette liste des termes évoquant les fameuses plaies ou catrastrophes qui frappent l'Egypte d'après le récit de l'Exode. Il est concevable que ces mots égyptiens soient entrés dans la langue hébraïque à l'époque pharaonique.

La quête de témoignages historiques sur l'Exode fut aussi celle d'évènements spectaculaires ou surnaturels. La série de miracles accomplis devant le roi d'Egypte a été soumise à une interrogation d'ordre scientifique, qui a occupé bien des érudits à la recherche d'explications plus ou moins naturelles à ces phénomènes. Ainsi les géologues William Ryan et Gilles Lericolais [4] ont récemment tenté d'associer les plaies bibliques avec les conséquences écologiques d'un évènement historique connu : l'explosion de l'île volcanique du Santorin. Cette catastrophe naturelle majeure se produisit au nord de la Crête vers 1600 av. J.-C. [5], et affecta tout le pourtour méditerranéen, provoquant des raz-de-marée et une série de déséquilibres climatiques et environnementaux. Elle n'épargna pas le delta du Nil, où des cendres et des scories de cette époque ont été retrouvés [6].





L'éruption du volcan du mont St-Helens en 1980.
(
nhoem.state.nh.us
)


L'archipel du Santorin .
(
lettres-histoire.ac-rouen.fr
)



 

D'après le modèle proposé par ces chercheurs, l'éruption aurait formé une haute colonne de fumée, que des vents stratosphériques auraient poussée vers l'Egypte. Les cendres et les scories acides seraient retombées dans les eaux du Nil et les auraient teintées de rouge. Les nuages denses auraient opacifié l'atmosphère, provoquant des chutes abondantes de pluie et de grêle. Dans un pays sec, de soudaines précipitations favorisent l'éclosion en très grand nombre de toutes sortes d'animaux nuisibles. Par suite, l'apparition d'infections et d'épidémies mortelles est facilement imaginable. Tous ces phénomènes forment un schéma évoquant les plaies décrites dans le livre de l'Exode.

Un document égyptien, le papyrus médical de Londres, donne une liste de maladies et de remèdes connus en Egypte vers 1350 av. J.-C. [7]. Le biologiste italien Siro Trevisanato y relève une pathologie causée par des eaux rouges brûlantes du Nil. Le remède associé étant un composé alcalin, selon lui l'agent caustique devait être acide, ce qui est concevable si le Nil avait reçu des cendres volcaniques modifiant l'acidité et la couleur de ses eaux.

Le point faible de cette théorie est d'ordre chronologique : l'explosion du volcan s'est produite vers 1600 av. J.-C. alors que les dates habituellement proposées pour l'Exode sont d'au moins un siècle plus tardives.






Le papyrus médical de Londres.
(thebritishmuseum.ac.uk)



Le point du départ


Le texte biblique cite précisément le nom de "Ramsès" comme lieu de départ du peuple d'Israël quittant l'Egypte (Ex. 12, 27) :

            "Les enfants d'Israël partirent de Ramsès pour Socoth, au nombre d'environ six cent mille hommes de pieds sans compter les enfants".

La ville de Pi-Ramsès, aujourd'hui identifiée au site de Qantir et anciennement capitale de l'Egypte sous les Ramsès, a donné l'occasion à l'équipe de Manfred Bietak [8] de faire une découverte significative.





Vestiges de Tanis, première candidate pour être
l'ancienne capitale de l'Egypte sous Ramsès II.

(institutoestudiosantiguoegipto.com)

Le site actuel de Qantir,
nouveau lieu prosposé pour l'ancienne
capitale.

(greatcommission.com)


Dans un quartier de la ville anciennement dédié aux activités militaires, l'équipe autrichienne découvrit une série d'éléments forts instructifs quant au fonctionnement de l'armée égyptienne.  Il s'agit d'un vaste complexe comprenant des installations à caractère militaire et industriel, incluant les restes d'ateliers de fonderie équipés de tout le matériel nécessaire : des fours, des creusets, des marteaux, des enclumes, des scories, des armes et des outils divers ... Ces ateliers produisaient manifestement des armes et des chars de combat. Juste à côté se trouvaient également des bâtiments d'anciennes écuries, avec des rangées de chambres munies d'anneaux de pierres servant à attacher les bêtes. L'ensemble constituait un haras royal pouvant abriter au moins cinq cents chevaux, et l'établissement était marqué du nom du roi Ramsès II.

La découverte de cet ancien complexe a incité Bietak à faire un lien direct avec le récit biblique. Il rapprocha le site de l'épisode dans lequel la cavalerie du Pharaon est lancée à la poursuite des Hébreux partis en direction de la mer Rouge (Ex. 14, 6-7) :

"Il (le roi d'Egypte) fit atteler son char et emmena son peuple avec lui. Il prit ainsi six cents chars d'élite et tous les chars d'Egypte ; sur tous, il y avait une élite de guerriers."

            Le point le plus convaincant est la capacité des écuries de Qantir, qui correspond à peu près au nombre de chars égyptiens cités dans l'Ecriture. Si c'est bien de là qu'est partie la cavalerie royale dont parle l'Exode, il est permis de supposer qu'elle fut perdue en tentant de traverser un bras de mer.






Fouilles de Qantir montrant les restes
 des bâtiments militaires ramessides.
(greatcommission.com)


Cartouche au nom du roi Ramsès II trouvé à Qantir.
(.meritneith.de)




Les premières étapes


L'itinéraire que suivirent les Israélites au départ de Pi-Ramsès est détaillé dans le livre de l'Exode, où sont inscrits les noms des premières étapes géographiques de la sortie d'Egypte. La direction générale est certainement celle de l'est et du sud, qu'ils auraient prise avant d'atteindre la mer. Il serait facile de reconstituer l'itinéraire exact si la topographie et la toponymie de la région n'avaient pas changé. Mais l'Ecriture dresse un tableau qui présente quelques difficultés d'interprétation :

"Ils levèrent le camp de Socoth et vinrent camper à Etham, à l'extrémité du désert" (Ex. 13, 20). "Yahvé parla à Moïse, en disant : parle aux enfants d'Israël. Qu'ils changent de direction et campent devant Phihahiroth, entre Magdalum et la mer, vis-à-vis de Béelséphon." (Ex. 14, 1-2).

 

 


Itinéraire possible de la sortie d'Egypte.
(image réalisée à partir de : aquarius.geomar.de/omc)

 

 

Localiser précisément ces différentes étapes a posé bien des problèmes aux chercheurs qui ont tenté de les identifier. Dès 1885, un travail publié par l'égyptologue suisse Edouard Naville s'efforça d'associer chaque étape de l'Exode à un site géographique connu dans les documents anciens. Socoth serait Thukot, non du district égyptien de la région de Pitom. Etham serait une déformation du mot égyptien hetem (forteresse), dont nous savons que la frontière égyptienne était jalonnée. Phihahiroth serait la transcription de Pi-Kerehet, un temple d'Osiris implanté sur la côte sud-ouest du lac Timsah. Magdalum ou Migdol qui signifie "tour" en hébreu et en égyptien, devait se trouver sur une colline, ce lieu étant cité dans plusieurs papyrus. Beel-Séphon serait un temple au nom de Baal, nommé Baal-Zapouna dans un papyrus et placé sur l'autre rive du lac Timsah [9][10].

C'est par ces différents sites, plus ou moins bien localisés aujourd'hui, que les Hébreux auraient suivi la direction de l'est pour atteindre les lacs.

"Quand Pharaon laissa aller le peuple, Dieu ne le conduisit point par le chemin des Philistins, bien que le plus court, de crainte, disait Dieu, que le peuple ne se repentît en voyant la lutte et ne retournât en Egypte. Et Dieu fit faire un détour au peuple par le chemin du désert vers la mer Rouge" (Ex. 13, 17-18).

Le "chemin des Philistins" est sans doute celui qui longeait simplement la région côtière de la Méditerranée, étroitement surveillée par une chaîne de forts égyptiens qui constituait un obstacle militaire. Si le pays de Canaan était à cette époque sous contrôle égyptien, il est logique que les Hébreux aient pris la direction du sud pour s'enfoncer dans le désert du Sinaï sans être inquiétés.

 

La traversée de la "mer des Roseaux"

 

            Les traductions occidentales classiques de la Bible appellent "la mer Rouge" celle franchie miraculeusement par les Hébreux. En fait l'expression figurant dans le texte hébreu d'origine est yam-suph, c'est-à-dire "la mer des Roseaux" et non pas "la mer Rouge".

            Aucune mer ne porte aujourd'hui le nom de mer des Roseaux. De nos jours la branche nord-ouest de la mer Rouge, le golfe de Suez, se prolonge par le canal contemporain qui la relie à la zone des lacs Amers, Timsah, Ballah et à la mer Méditerranée. Aux temps bibliques, le profil de cette zone était semble-t-il moins ensablé et le golfe de Suez s'avançait davantage vers le nord.

            On ignore le point exact du franchissement de la mer. Nous constatons simplement qu'aujourd'hui les lacs Timsah et Amers sont effectivement entourés de roseaux, alors que les rives du golfe de Suez ne le sont pas.





La zone marécageuse des lacs amers.
(greatcommission.com)




            Quant au miracle de l'ouverture de la mer proprement dit, peut-être est-il simplement dû, comme le dit la Bible elle-même, à un vent particulièrement fort qui aurait repoussé les eaux pendant la nuit (Ex. 14, 21-29). Selon Edouard Naville, ce phénomène n'est pas invraisemblable pour un bras de mer long et peu profond. Des voyageurs ont parfois observé en Egypte un retrait momentané des eaux sous les effets combinés d'un vent puissant et de la marée. Le récit spectaculaire perdrait ainsi une part de son caractère surnaturel.









Références :

[1] - C. Obsomer : “Ramsès II”, Flammarion, Paris 2012.
[2] - W.-H. Guiton (ibid.).
[3]
- M. Abelesz : "Parshat Va'era : The Hardening of Pharaoh's Heart -1" (lookstein.org).
[4]
- "La véritable histoire de Moïse". Documentaire, BBC pour Discovery Channel.
[5] - G.A. Zielinski, M.S. Germani : "New Ice-Core Evidence Challenges the 1620s age for the Santorini (Minoan) Eruption". Journal of Archaeological Science, Vol. 25, Iss. 3, March 1998, pp. 279-289.
[6] - M. Kingston, R. Helz : "Geological Society of Washington, 1146th Meeting, March 26, 1986" (gswweb.org).
[7] - S. I. Trevisanato : "Treatments for burns in the London Medical Papyrus show the first seven biblical plagues of Egypt are coherent with Santorini's volcanic fallout". Medical Hypotheses (2006) 66, 193-196.
[8]
- E. P. Pusch : "Qantir\Pi-Ramsès". Les Dossiers d'Archéologie n° 213, mai 1996.
[9] - W.G. Guiton : "Le cri des pierres. Le témoignage de l'archéologie à la Bible", 1939 (regard.eu.org).
[10] - P. Schaff : "The New Schaff-Herzog Encyclopedia of Religious Knowledge, Vol. IX: Petri - Reuchlin", p. 412. Red Sea (the) (ccel.org).









La suite : L'itinéraire du désert

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