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L'étoile et le calendrier | ![]() (image : http://www.eclipse.net/~molnar) |
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La date exacte de la naissance de Jésus-Christ n'est pas connue. Une incertitude subsiste depuis les tout premiers siècles de l'ère chrétienne, d'où il ressort que l'an 1 n'est probablement pas celui de la naissance de Jésus-Christ. La plupart des historiens actuels pensent que la Nativité a eu lieu quelques années avant l'an 1, mais le problème de sa détermination précise n'est pas résolu. De la même façon, le jour du 25 décembre ne coïncide peut-être pas avec l'anniversaire de la naissance de Jésus. L'époque de l'année étant inconnue, la fête chrétienne de Noël ne fait que célébrer cette naissance, en remplacement d'une ancienne fête païenne hivernale. En fait, ces incertitudes fort répandues ne sont pas si imprécises que l'on croit.
Plusieurs auteurs contemporains estiment peu probable le fait que Jésus soit né en décembre, si l'on prend comme critère un verset du récit d'après lequel les bergers faisaient paître leurs troupeaux la nuit (Lc. 2,8), ce qui devait se faire plutôt en période chaude. D'autre part, on peut douter du fait que les Romains aient engagé leur recensement en plein hiver, obligeant les foules à se déplacer dans le froid vers leur région d'origine. Cela dit, aucune autre période de l'année ne semble faire consensus chez les historiens.
Noël en décembre ? Toutefois, les doutes précédents sur la date traditionnelle de Noël semblent pouvoir être nuancés. Dans son ouvrage "Histoire de la religion romaine" paru en 1957, le latiniste français Jean Bayet contesta ces idées reçues. Il précisa qu'en fait ce furent au contraire les empereurs romains Aurélien et Julien l'Apostat, qui en 274 et 362 fixèrent au 25 décembre la fête iranienne du soleil invaincu pour remplacer la fête chrétienne, dans un objectif de persécution du christianisme. Cette mesure était un prétexte pour traquer les adeptes du monothéisme qui refusaient de participer au culte païen. Le choix du 25 décembre ne serait donc pas une décision de l'Eglise prise a posteriori pour remplacer une fête païenne, mais plutôt l'inverse, une mesure politique visant à effacer une tradition chrétienne déjà ancienne. Par ailleurs, la possibilité que Jésus soit réellement né en décembre vient de trouver un nouvel appui. En 1999, le professeur israélien Shemaryahou Talmon publia une étude proposant une solution découlant des manuscrits de la mer Morte. Les fragments du calendrier de Qumrân nous apprennent en effet que le service liturgique de la classe des prêtres d'Abia devait assurer son tour de garde deux fois par an, du 8 au 14 du troisième mois et du 24 au 30 du huitième mois. Cette deuxième période correspond à la fin de notre mois de septembre. Or, l'évangile de Luc dit que le prêtre Zacharie, père de Jean-Baptiste, appartenait à cette classe sacerdotale. Il officiait dans le Temple, donc peut-être un jour de septembre, lorsque l'ange Gabriel lui apparut et lui annonça la future naissance de Jean. Le texte précise à deux reprises que six mois plus tard, l'ange Gabriel apparaissait à son tour à Marie et l'informait qu'elle aurait un fils. Six mois après septembre, cela donne mars. Ajoutons neuf mois de grossesse de Marie, et on est en plein mois de décembre pour que Jésus naisse. Entretemps son cousin Jean-Baptiste sera né au mois de juin, neuf mois après l'apparition à Zacharie. Cet élément trouvé dans les précieux manuscrits impliquerait donc que Jésus-Christ soit bien né en plein hiver, et permet ainsi à la fête de Noël de retrouver son caractère d'anniversaire véritable.
Le problème se complique du fait que la majorité des
historiens pensent que le roi Hérode décéda en l'an - 4 du calendrier actuel.
C'est du moins ce qu'affirme l'historien Flavius Josèphe, et qui semble
confirmé par d'autres indices, notamment par une éclipse qui eut lieu l'année
de la mort du roi. Et comme il est bien précisé dans les évangiles que Jésus
est né avant la mort d'Hérode, dater la Nativité impliquerait de chercher une
date antérieure à l'an 4 avant notre ère.
Le recensement cité par saint Luc pourrait bien être un fait historique, car on en trouve plusieurs traces. A Ankara en Turquie, un temple dédié à César Auguste porte inscrite sur l'un de ses murs une déclaration de l'empereur, sous le titre de Res Gestae Divi Augusti, sorte de compte-rendu des actes accomplis sous son règne. Le texte gravé parle de trois recensements qu'il a ordonnés : le premier en 726 de l'ère de Rome (28 av. J.-C.), le second en 746 (8 av. J.-C.), le troisième en 767 (14 ap. J.-C.): "Et pendant mon sixième consulat, j’ai mené le recensement des citoyens romains avec mon collègue M. Agrippa ( 28 av. J.-C. ). J’ai procédé à ce lustre pour la première fois depuis quarante et un ans. Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions soixante-trois mille citoyens romains. Ensuite, une deuxième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre sans collègue, sous le consulat de C. Censorinus et de C. Asinius ( 8 av. J.-C. ). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions deux cent trente-trois mille citoyens romains. Enfin, une troisième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre avec pour collègue mon fils Tibère César, sous le consulat de Sex. Pompeius et de Sex. Appuleius ( 14 ap. J.-C. ). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions neuf cent trente-sept mille citoyens romains".
Si l'un de ces recensements doit correspondre à celui dont parle l'évangile, ce ne peut être que celui de l'an 8 av. J.-C., quoique Luc précise que c'était le premier. Cette opération est évoquée également par Tertullien (155-222), qui détaille la procédure étalée sur plusieurs années avec des interruptions. On peut donc supposer que Marie et Joseph se sont rendus à Jérusalem autour de l'an 8 av. J.-C..
Si l'étoile des rois mages doit correspondre à un fait astronomique réel, quelle a pu être sa véritable nature ? L'iconographie traditionnelle représente souvent l'étoile de Noël comme une comète. Les comètes sont des blocs de glace et de poussières suivis d'une traînée lumineuse, ayant une trajectoire elliptique autour du soleil et se rapprochant périodiquement de la Terre. Il n'a pas été possible de documenter le passage d'une comète particulière visible à cette époque. D'autres phénomènes célestes ont été envisagés, tels les supernovae ou étoiles lointaines qui explosent en fin de vie en émettant une très grande luminosité. Là non plus, aucun texte ancien connu ne semble faire référence à un tel phénomène au moment opportun. La possibilité d'un alignement de planètes est un domaine qui s'est révélé plus prometteur. C'est l'astronome allemand Johannes Kepler qui y songea le premier, en observant en 1603 une conjonction très lumineuse entre Jupiter et Saturne dans la constellation des Poissons. Il fit alors un rapprochement avec l'étoile des mages grâce à un texte hébreu du rabbin Abravanel : "Pour les astrologues juifs, le Messie viendrait d'une conjonction de Saturne et de Jupiter dans la constellation des Poissons". Kepler calcula alors qu'en l'an 7 av. J.-C., la même conjonction s'était produite trois fois dans la même année : le 29 mai, le 3 octobre et le 4 décembre. La répétition de cet alignement étant extrêmement rare, il en conclut que des obervateurs attentifs du ciel comme les mages avaient pu la remarquer ; il l'assimila à l'étoile de Bethléem, et plaça donc la Nativité en l'an 7 av. J.-C.. Ses résultats furent aussitôt publiés, mais ils passèrent inaperçus parce que tout le monde croyait à l'époque que Jésus était né en l'an 1. En 1925, l'orientaliste allemand Paul Schnabel déchiffra les anciennes tablettes cunéiformes de l'école d'astronomie de Sippar. Celles-ci confirmaient qu'une "grande étoile" formée par la réunion des planètes Jupiter et Saturne, avait été observée en Poissons pendant plus de cinq mois en l'an 7 av. J.-C.. En outre, une quatrième conjonction se produisit à la fin du mois de janvier de l'an 6 av. J.-C., cette fois dans la constellation du Bélier. Or selon l'astronome grec Claude Ptolémée, la Judée était placée sous le signe du Bélier.
Il y a dans la pratique de l'astrologie ancienne un langage interprétatif qui peut donner une clef de lecture à la coïncidence des astres. En effet, la conjonction des deux planètes peut signifier que le nouveau roi (Jupiter) remplace l'ancien (Saturne), ou que la planète royale (Jupiter) rencontre la planète protectrice d'Israël (Saturne). Les Poissons quant à eux représenteraient le signe du Messie et d'Israël. Autrement dit, les mages auraient déduit de leurs observations qu'un nouveau roi puissant ou un Messie était né en Israël. Cette interprétation symbolique peut aider à comprendre pourquoi les mages se seraient déplacés. L' "étoile
de Bethléem" correspondrait donc à la réunion très lumineuse de Jupiter et de Saturne à quatre
reprises dans la même année. Cette théorie donnerait par conséquent les
alentours de l'an 7 av. J.-C. comme étant la période la plus vraisemblable pour
la Nativité. |