Le prophète Jean, surnommé le
Baptiste ou le Précurseur, avait pour mission d'annoncer au peuple juif
la
venue du Fils de Dieu en la personne de Jésus-Christ. Né du prêtre
Zacharie et d'une
parente de la Vierge Marie nommée Elisabeth, Jean était contemporain de
Jésus
et son aîné de six mois. C'est lui qui institua le baptême comme rituel
d'entrée dans les futures communautés chrétiennes.
D’après
l’évangile de Luc, la naissance de Jean fut annoncée à son père
Zacharie lors d'une
apparition de l'ange Gabriel dans le sanctuaire du Temple. En entendant
la
prophétie, le prêtre exprima un léger doute, car son épouse était
réputée
stérile ; mais son manque de confiance lui valut d’être puni aussitôt
par un
mutisme temporaire.
Elisabeth
devint effectivement enceinte. Elle reçut durant sa grossesse la visite
de la
Vierge Marie, elle-même déjà porteuse du futur enfant Jésus. L'évangile
met l'accent sur le moment consacré
de la rencontre, appelé la Visitation, qui fut suivi d'un séjour de
trois mois de
Marie chez sa cousine. Le jour de la naissance du prophète, son père
retrouva
l'usage de la parole en prononçant le prénom du nouveau-né.

La
Visitation. Fresque de l'église d'Ein Kerem, Israël
(stockberger.net).
Lorsque
Jean fut devenu adulte, il partit vivre en
ermite dans le désert de Judée. Vêtu d’une peau de chameau et vivant
des
maigres ressources du désert, il exerçait sa mission auprès de ses
visiteurs. Elle
consistait à baptiser les pélerins par une immersion rituelle dans le
Jourdain,
et à les inviter à une conversion intérieure et à la pénitence en vue
de la venue
imminente du royaume de Dieu. A
la purification de l'âme par la conversion s'ajoutait la purification
du corps
par l'eau. Jésus lui-même vint recevoir le baptême des mains de Jean,
en un
lieu nommé Béthanie-au-delà-du-Jourdain. A l’instant de l’immersion, la
présence divine se manifesta sous la forme d'une colombe et d'une voix
céleste désignant
Jésus comme son Fils.

Le baptême du Christ.
Mosaïque du Vème siècle, Ravenne, Italie
(lessing-photo.com).
Jean prêchait en tenant des propos
qui ne ménageaient pas toujours ses contemporains. Il s'en prit en
particulier
au tétrarque de Galilée, Hérode Antipas, à qui il reprochait son
mariage
illégitime avec Hérodiade, la femme de son frère. Le tétrarque qui
n'apprécia
guère la critique, fit arrêter le Baptiste et le jeta en prison. La
maîtresse
d'Hérode tenta d'obtenir la mort du prisonnier médisant, ce qu'Hérode
refusait.
Elle y parvint toutefois lors d'un festin, donné pour l’anniversaire
d’hérode, au
cours duquel sa fille exécuta en public une danse lascive qui séduisit
Hérode
et ses invités. Imprudemment, le tétrarque proposa à la jeune fille une
faveur
au choix. A l'instigation de sa mère, la danseuse mit cette situation à
profit
pour demander la tête de Jean-Baptiste. Hérode céda et donna l'ordre de
faire
décapiter le prophète (Mc. 6, Lc. 1 et 3).
Si
le parcours tragique de Jean-Baptiste est célèbre par sa présence dans
le Nouveau
Testament, il existe par ailleurs d'autres sources documentaires moins
connues
qui mentionnent l'existence du personnage, ainsi que quelques traces
archéologiques qui lui sont associées.
Jean
le
Baptiste d'après
Flavius Josèphe
A
côté des textes bibliques, d'autres documents de
l'époque attestent également de l'existence historique de Jean le
Baptiste. Les
plus anciens sont ceux de l'historien juif Flavius Josèphe, premier
auteur non
chrétien de l'Antiquité à citer des personnages du Nouveau Testament.
Ainsi un paragraphe
des "Antiquités Judaïques", ouvrage composé vers l'an 79, parle du
prophète
Jean et des circonstances de sa mort. Bien que cette version diffère
des
évangiles sur les motifs du meurtre, elle restitue assez bien le
contexte de la
vie du prophète [1] :
"Or,
il y avait des Juifs pour penser que si l'armée d'Hérode avait péri,
c'était
par la volonté divine et en juste vengeance de Jean surnommé le
Baptiste. En
effet, Hérode l'avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et
qu'il
excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers
les autres
et pieux envers Dieu pour être unis par le baptême ; car c'est à cette
condition que Dieu considérait le baptême comme agréable, s'il servait
non pour
se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après
qu'on
eût préalablement purifié l'âme par la justice. D'autres s'étaient
rassemblés
autour de lui, car ils étaient très exaltés en l'entendant parler.
Hérode
craignait qu'une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la
foule
semblant prête à suivre en tout les conseils de cet homme. Il aima donc
mieux
s'emparer de lui avant que quelque trouble ne se fût produit à son
sujet, que
d'avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s'être
exposé à
des périls. A cause de ces soupçons d'Hérode, Jean fut envoyé à
Machéronte, la
forteresse dont nous avons parlé plus haut, et y fut tué. Les Juifs
crurent que
c'était pour le venger qu'une catastrophe s'était abattue sur l'armée,
Dieu
voulant ainsi punir Hérode" (Antiquités Judaïques, livre XVIII, V,
1).
Le désastre militaire auquel
il est ici fait allusion est une défaite infligée à Antipas par le roi
de Pétra
Arétas IV, suite à un désaccord sur les limites territoriales. Josèphe
présente
la catastrophe comme un châtiment du Ciel pour l'exécution de Jean.
Ein
Kerem, lieu de naisance de Jean le Baptiste
Si l'on tente de suivre sur le
terrain l'itinéraire de Jean le Précurseur, on peut d'abord visiter un
site
géographique associé à sa mémoire par tradition depuis l'Antiquité. A
sept
kilomètres à l'Ouest de Jérusalem, dans les collines de Judée, le
village d'Ein
Kerem passe pour être la localité d'origine du prophète. Deux
sanctuaires
chrétiens importants lui sont dédiés, l'église Saint-Jean-Baptiste et
l'église
de la Visitation.
La
tradition affirme que Zacharie et sa femme Elisabeth résidaient à
l'endroit où
l'église Saint-Jean-Baptiste est aujourd'hui implantée. Le bâtiment
actuel,
construit au XIXe siècle sur des restes d'édifices byzantins et
croisés, cache
derrière sa façade austère une nef aux parois recouvertes de carreaux
de
faïence et au décor chargé. A gauche de l'autel, un escalier descend
vers une
petite crypte dans laquelle Jean serait venu au monde, si l'on en croit
un texte
du XIIe siècle émanant du pélerin russe Daniel Abbot.

L'église Saint-Jean-Baptiste à Ein Kerem
(fr.custodia.org).
|
La crypte de l'église
Saint-Jean-Baptiste
(flickr.com).
|
L'édifice
a fait l'objet d'une campagne de fouilles
à partir de 1939, suscitée par des circonstances imprévues au cours
d'une
révolte palestinienne. Le déplacement d'un canon par l'armée
britannique
provoqua un affaissement du sol qui révéla la présence de vestiges
antiques :
des mosaïques, des inscriptions, des tombes et une statue de Vénus, ce
dernier
objet signant l'existence d'un temple païen. Un remarquable sol en
mosaïque
d'époque paléochrétienne comportait des figures géométriques entourant
une courte
inscription en grec qui signifiait : "Salut, ô martyrs de Dieu".
De quels martyrs s'agissait-il ? On a émis l'hypothèse que cet hommage
concernait les nouveaux-nés massacrés sous le règne d'Hérode le Grand.
Le
second sanctuaire chrétien majeur d'Ein Kerem,
l'église de la Visitation, commémore la rencontre de Marie et
d'Elisabeth alors
que les deux femmes étaient enceintes. Le même Daniel Abbot affirme que
le
futur Jean-Baptiste fut sauvé du génocide des enfants par sa mère qui
se
réfugia dans la montagne ; il raconte qu'ils furent protégés par un
abri
souterrain dont l'entrée fut dissimulée par le déplacement providentiel
d'une
grande pierre.

L'entrée
de l'église de
la Visitation à Ein Kerem
(fr.custodia.org).
| 
Mosaïque ornant la
façade
(fr.wikipedia.org).
|
La
façade de l'église de la Visitation, implantée
au flanc d'une colline, présente aujourd'hui une grande image en
mosaïque qui
domine un porche en arcades. A l'intérieur, de grandes fresques
couvrent les
murs des chapelles supérieure et inférieure. Au fond de cette dernière,
un
court passage voûté conduit à un vieux puits, sensé avoir alimenté la
famille
du Baptiste réfugiée dans cet espace. A sa droite est visible une
grande dalle,
précisément celle qui se serait déplacée miraculeusement pour masquer
l'ouverture de la cachette [2][3][4] ...
Voilà
ce que nous disent les lieux saints bien
connus depuis l'Antiquité et les traditions locales qui leur sont
associées. Mais
beaucoup plus
récemment, le tournant de notre troisième millénaire a vu ce patrimoine
s'enrichir de données archéologiques inédites et particulièrement
instructives.

La crypte de l'église
de
la Visitation
(allaboutjerusalem.com).
|

Le rocher de l'église de la Visitation
(en.m.wikipedia.org).
|
La
grotte de
Jean-Baptiste
En 2004, une caverne isolée fut
découverte
en pleine nature près de Kibboutz Tzouba, à quatre kilomètres d’Ein
Kerem. Après
plusieurs mois de fouilles, le professeur Shimon Gibson, de
l'Université de
Caroline du Nord, annonça qu'à son avis cette caverne avait dû être
fréquentée
par Jean le Baptiste.
Sa
petite entrée rectangulaire creusée dans le flanc d'une colline avait
été
repérée par un professeur d'hébreu, Reuven Kalifon, et donnait accès à
un long escalier
qui s'enfonçait profondément dans la roche mais dont le fond était
encombré de
gravats.

L'entrée de la "grotte de
Jean-Baptiste"
(christianpost.com).
Reuven Kalifon la signala en 1999 à
l'archéologue Shimon Gibson, qui vint à son tour se glisser dans
l'entrée
étroite. En déplaçant quelques pierres, Gibson trouva sur la paroi un
graffiti
représentant une tête humaine, indice qui le persuada d’entreprendre de
véritables fouilles.
Son équipe s'employa d'abord
à dégager l'escalier, qui conduisait à une galerie rectangulaire en
cul-de-sac,
longue de 25 mètres et se terminant par une citerne. Les parois
portaient
plusieurs graffiti incisés dans la roche. Le dessin d'un personnage
vêtu d'une
tunique parsemée de points, tenant un bâton dans une main et levant
l'autre, était
accompagné d'une croix. Une grande pierre posée sur la dernière marche
portait
une profonde empreinte taillée en forme de pied. Un creux et une
entaille sur
la même pierre semblaient faits pour permettre l'écoulement d'un
liquide. Le
sol de la cave était jonché d'innombrables tessons de poteries qui
permirent de
dater l'occupation du site.
L'archéologue Simon Gibson
désigne
les graffiti
(christianpost.com).
|
L'intérieur de la grotte et le bassin
rituel
(bnaibrith.ca).
|
La galerie semble avoir été creusée
entre le VIIIe et le Ve siècle av. J-C., puis réoccupée du Ier au Ve
siècles de
notre ère. Quelle fut sa fonction première ? Peut-être avait-elle été
creusée
par des moines israélites afin de procéder à des bains rituels.
Gibson
est convaincu qu'elle fut également utilisée au Ier siècle par Jean le
Baptiste
en personne ; selon lui, la citerne a pu servir à plonger les personnes
lors du
rite baptismal, et l'empreinte de pied à se positionner lors de
l'immersion.
Les dessins représenteraient le prophète Jean reconnaissable à son
bâton et à son
vêtement en poil de chameau. La tête coupée évoquerait sa mort par
décapitation.
La croix gravée témoigne d'une fréquentation par des chrétiens. Ces
graffiti
peuvent être l'oeuvre de moines byzantins du IVe ou du Ve siècle, qui
auraient
pratiqué postérieurement un culte à la mémoire de Jean.
Un point faible de
cette interprétation réside dans l'éloignement du site par rapport au
Jourdain
où les baptèmes sont sensés avoir eu lieu. Il est néanmoins concevable
que Jean
le Baptiste n'ait pas toujours opéré au même endroit ; la proximité du
site
avec le lieu de sa naissance suggère que cette grotte fut l'un des
premiers
lieux de son ministère.
Béthanie au-delà-du-Jourdain
Quelques
mois avant cette découverte, une autre
série de résultats tout à fait remarquables étaient obtenus sur un
autre site,
apparemment lié lui aussi à la vie de Jean. Il s'agit du
point du Jourdain où Jésus-Christ lui-même aurait été baptisé par le
prophète. L’évangile
selon saint Jean (1, 28) affirme que le baptême de Jésus se passa à
« Béthanie-au-delà-du-Jourdain »,
un lieu encore non identifié mais certainement à distinguer du village
de
Béthanie proche de Jérusalem. L'expression
« au-delà-du-Jourdain » impliquait
que cette Béthanie devait se trouver quelque part sur la rive orientale
du
fleuve, dans l'actuelle Jordanie.
Plusieurs textes de
l'Antiquité tardive évoquent également ce lieu en fournissant quelques
détails
topographiques. L'archidiacre Théodose d'Alexandrie, par exemple,
écrivit en
530 qu'une église Saint-Jean-Baptiste y fut construite, élevée sur des
piles la
mettant à l'abri des crues.
De même, en 570,
le pèlerin italien Antoine de
Plaisance indiqua que le lieu était placé en face d’un monastère
Saint-Jean, et
qu’un escalier de pierres descendait vers la rivière jusqu’à l’endroit
de
l’événement.

L'église
orthodoxe du Qasr el Yehud
(hackersforcharity.org).
Sur la rive ouest du
Jourdain, à neuf kilomètres au nord de la mer Morte, une élégante
petite église
orthodoxe appelée Qasr el-Yehud s’élève aujourd’hui en souvenir du
baptême de
Jésus. Juste en face se trouve un site naturel verdoyant, une vallée
irriguée par un
ruisseau qui descend du plateau de Jordanie : le wadi Kharrar.
En 1899, le père
Jean-Louis Féderlin visita le wadi Kharrar. Il y repéra les traces de
plusieurs
églises en ruines, dont une qui semblait avoir été surélevée. D'autres
témoignages
de ce type se succédèrent, au point qu’en 1995 l’Etat de Jordanie
confia un
programme de fouilles à l'archéologue Mohammed Waheeb, du Service des
Antiquités de Jordanie. Lorsque le chantier fut ouvert, en 1996,
personne
n'imaginait l'ampleur des résultats qu'il allait fournir.
| Carte du
site
du
Wadi Kharrar, assimilé
à Béthanie au-delà du Jourdain.
1 : Colline d'Elie.
2 : Laura.
3 : sentier. 4 : Wadi Kharrar.
5 : ancien bassin. 6 : grottes érémitiques. 7 : source.
8 : Chapelle de Marie l'Egyptienne.
9 : église byzantine. 10 : Jourdain
(christusrex.org).
|
On fouilla d'abord une
colline qui domine le wadi Kharrar, à l'extrémité orientale de
celui-ci. Son
sommet livra les restes de trois églises, de trois importants bassins
et d’un
système de canaux sophistiqué. L'église principale possédait un sol en
mosaïque
qui intégrait une inscription grecque indiquant un contexte monastique.
Sous le
sol pavé de la seconde église, le crâne d'un homme âgé d'une vingtaine
d'années
fut découvert. La troisième ressemblait à un vaste hall dont le sol
était également
pavé de mosaïques.
Le
thème de l’eau dans
un sanctuaire chrétien n’était pas sans rappeler le rituel du baptême
et la
mission de Jean le Précurseur. On supposa donc que les bassins étaient
des
piscines baptismales, conçues pour l'immersion des pèlerins qui
devaient venir en
grand nombre sur les lieux-mêmes de l’évènement.

Vue
aérienne de la colline d'Elie
(welcometohosanna.com).
Dans la partie terminale
du wadi Kharrar, à proximité du Jourdain, les fouilleurs
dégagèrent les
ruines d'une vaste basilique byzantine qui avait été construite sur des
piliers
puis rebâtie deux fois à-même le sol. Un splendide fragment de mosaïque
représentait un bouquet de fleurs dans un vase. Un graffiti portait les
lettres
IOY. BATT, expression évoquant le nom de Jean-Baptiste.
A l'arrière de la basilique, un
majestueux escalier de marbre
descendait vers un ancien bras asséché du fleuve. A son pied, quatre
piliers
gravés de nombreuses croix étaient enfoncés dans le sédiment. Ces
éléments
semblaient correspondre aux écrits des auteurs anciens, d'après
lesquels une
église plusieurs fois reconstruite et un escalier marquaient
effectivement le
point où Jésus avait été baptisé.

Eglise byzantine à Béthanie au-delà du
Jourdain
(sacred-destinations.com).
Bien
d’autres vestiges paléochrétiens furent encore
mis au jour le long du wadi. On exhuma au total pas moins d’une dizaine
d’églises, de cinq piscines baptismales et de cinq grottes érémitiques.
La
richesse de ce patrimoine, et les convergences frappantes qu’il
présente avec les
textes, autorisent à identifier sans trop de risques le wadi Kharrar à
la
région où le Baptiste opérait et où Jésus-Christ reçut le sacrement.
Cette
vallée compte désormais parmi les sites archéologiques les plus visités
de la
région du Jourdain [5][6][7][8][9].

Mosaïque
de
l'église byzantine
Saint-Jean-Baptiste
(flickr.com).
Machéronte
Le précieux livre des « Antiquités
judaïques » de Flavius Josèphe, qui décrit en détail le contexte
politique
de l'époque, nous révèle en outre le nom du lieu où Jean le prophète
termina sa
vie : Machéronte.
A dix kilomètres à l'Est
de la mer Morte, entre le torrent de l'Arnon qui s’y jette et le mont
Nébo qui
la domine, l'extrémité désertique du plateau de Jordanie recèle une
haute et
aride colline en forme de cône. Son sommet desséché offre une vue
imprenable
sur la mer Morte et le désert de Judée, et porte des traces de vastes
constructions. Des colonnes, des bases de murs, des bassins constituent
ce qui
reste de l'antique forteresse de Machéronte.
La colline supportant la forteresse de
Machéronte
(picasaweb.google.com).
Le site fut identifié en 1807 par
le voyageur allemand Ulrich Seetzen, par analogie avec le nom d'un
village tout
proche appelé Mukawir. Les ruines du sommet de la colline portent
aujourd'hui
le nom arabe de Qalaat al-Mishnaka, qui signifie "palais suspendu".
Machéronte avait été
construite en 90 av. J.-C. sous la dynastie hasmonéenne, puis démolie
par les Romains
en 57 av. J.-C., puis encore reconstruite par Hérode le Grand vers l'an
30
avant notre ère. Son fils Hérode Antipas l'utilisa comme résidence.
Machéronte
servit enfin de refuge aux révoltés juifs de 66 à 72, avant d'être
prise et
rasée par leurs ennemis. Un village nommé Machabéros subsista dans la
vallée à
l'époque byzantine.

Vestiges du palais de Machéronte, sur une
colline
à l'est de la mer Morte, où Jean aurait
été emprisonné
(cestyapamatky.cz).
Les premières fouilles du sommet de
la colline furent effectuées en 1968 par le docteur Jerry Vardaman,
archéologue
à l'université du Mississipi. Elles furent suivies par d'autres, menées
à partir
de 1978 par les frères franciscains sous la direction du père Virgilio
Corbo. Ces travaux
permirent de dégager une impressionnante forteresse, qui comprenait les
bases d'un
puissant rempart et de trois tours de défense. Un système d'aqueduc
permettait
d'amener de l'eau depuis le plateau jordanien.
A l'intérieur de la
forteresse, les archéologues exhumèrent également les murs d'un luxueux
palais.
Des cours, des couloirs, des salles, des citernes et un bassin thermal
furent ainsi
dégagés. Détail curieux, les moines constatèrent que la pièce
principale, la
salle à manger ou triclinium, était
séparée en deux parties. Intrigués par cette disposition, ils en
cherchèrent la
raison en consultant des textes juifs anciens, qui leur apprirent que
les
hommes et les femmes mangeaient habituellement dans des salles
différentes.
Alors il fut facile d'imaginer la fameuse scène biblique de
l'anniversaire
d'Hérode scellant le destin de Jean. La fille d'Hérodiade entra dans le
triclinum des hommes pour danser, puis
sortit chez les femmes pour consulter sa mère et revint adresser au
tétrarque
sa fatale demande signant la mort de Jean. Les ruines du sommet de la
colline
de Mukawir s'accordent avec ce scénario [10].

Plan du palais de
Machéronte. 1: aqueduc.
2: tour. 3 péristyle. 4: triclinium. 5: thermes. 6: tour
(christusrex.org).
La forteresse devait également
comporter un cachot dans lequel Jean fut emprisonné, et où sa tête
roula sur le
sol avant d’être offerte sur un plateau à la jeune princesse.
Sur
les flancs de la colline de Mukawir, plusieurs grottes naturelles
servent
encore parfois de refuge aux bédouins et à leurs troupeaux en cas de
pluie.
L'un de ces abris se prolonge en une étroite galerie souterraine que
termine
une large salle voûtée. Ses parois portent des traces de ciseaux et
furent
visiblement agrandies de main d'homme. Ces aménagements font partie du
système
de canaux et de réserves d'eau conçu pour alimenter la citadelle ;
ils
pourraient également avoir été la prison où Jean le Baptiste fut
enfermé et
exécuté.
Ruines du palais de
Machéronte
(members.virtualtourist.com).
D'autres
passages de
l'œuvre de Flavius Josèphe fournissent des informations historiques
supplémentaires. Ils confirment l'union illégitime entre Hérode et
Hérodiade
dénoncée par Jean. Ils donnent le nom de la jeune danseuse, qui
s'appelait
Salomé. Le profil du visage de la princesse nous a même été transmis
par trois
pièces de monnaie frappées à son effigie. Car la jeune fille est plus
tard
devenue reine, en épousant le roi Aristobule de Chalcis. Cette image
est le
seul portrait connu d'un personnage du Nouveau Testament réalisé de son
vivant.

Pièce de monnaie à l'effigie de la
reine Salomé
(wikipedia.org).
Le reliquaire de
cristal
Les textes anciens qui évoquent la
mort du Baptiste ne parlent pas de son éventuelle sépulture. Seuls des
documents tardifs du IVe siècle évoquent une hypothétique tombe de
Jean, ayant
existé à Sébaste en Samarie et détruite par l'empereur Julien. Une
petite
église transformée en mosquée y marque encore son souvenir sous le nom
de Nabi
Yahia.
Selon certaines sources, les reliques du saint
auraient été brûlées et dispersées, quoique certaines églises affirment
en
avoir préservé des fragments. La ville de Jérusalem possède par exemple
un
sanctuaire dédié au prophète et qui contient un témoignage précieux
[11][12][13]. A
quelques mètres de la basilique du
Saint-Sépulcre, un portail de pierre donne accès à une cour occupée par
une petite
chapelle, coiffée d'une coupole couleur argent et connue sous le nom
d'église
Saint-Jean-Baptiste. Derrière l'adifice, un vieil escalier descend vers une
crypte
qui n'est autre que l'ancienne église bâtie vers 450 par l'impératrice
Eudoxie.
La chapelle actuelle fut construite au XIe siècle par les croisés,
au-dessus de
la précédente qui fut alors comblée de gravats et abandonnée.

L'église
Saint-Jean-Baptiste à Jérusalem
(fr.wikipedia.org).
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Le reliquaire de
cristal
(198.62.75.1/www1/ofm).
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