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(sacred-destinations.com)
Le procès de Jésus

(justins-pilgrimage.blogspot.com)






         Quelques jours avant la Pâque juive, Jésus se rendit à Jérusalem en même temps que de nombreux pélerins juifs venus célébrer la fête religieuse traditionnelle. Il y fit une entrée triomphale, monté sur un âne et salué par une population en liesse qui agitait des branchages pour l'honorer. Il était pourtant conscient qu'il allait être arrêté et condamné à mort, mais il ne chercha aucunement à éviter l'issue fatale qu'il considérait comme une nécessité théologique.

Jésus prit son dernier repas en compagnie des douze apôtres, dans l'angoisse d'un soir précédant la Pâque et la veille de son arrestation. Il institua le rite de l'Eucharistie, qui consistait à consommer du pain et du vin identifiés à son corps et à son sang.

En référence à l'Ancien Testament, le dîner pascal commémorait la libération des Hébreux retenus esclaves en Egypte. Ceux-ci avaient consommé un agneau sacrifié la veille de leur départ. Jésus renouvela le rite en s'offrant lui-même en sacrifice, le pain et le vin consommés s'assimilant à la chair et au sang de l'agneau tué. Sa démarche spirituelle s'inscrivait dans le plan divin du rachat des fautes de l'humanité par le sacrifice du Christ sur la croix.


Le Cénacle


        Le dernier repas de Jésus, appelé la Cène, fut pris au premier étage d'une demeure de Jérusalem, dans une salle qui avait été réservée par les apôtres à la demande de Jésus (Mc. 14, 12-17). Pierre et Jean s'étant rendus en ville, ils suivirent "un homme portant une cruche d'eau". Entrés à sa suite dans une habitation, ils demandèrent à réserver la salle du haut, "une grande pièce garnie de coussins". Les apôtres y préparèrent le repas prévu pour le soir-même.

        La tradition chrétienne a gardé mémoire de cette pièce, appelée le Cénacle ou encore la "chambre haute". Elle se trouve sur la colline de Sion, à quelques mètres au sud de la muraille actuelle de la ville et de la porte de Sion. Cette pièce devait encore servir après la mort de Jésus, comme lieu de réunion et de refuge pour les apôtres et les premiers chrétiens. C'est là qu'aurait eu lieu une apparition de Jésus ressuscité, et c'est également là que se déroula la Pentecôte.



       



L'intérieur de la "chambre haute", ou Cénacle.
(FreeStockPhotos.com)




        Au cours des siècles suivants, la "chambre haute" fut démolie et reconstruite. Au XIVème siècle on lui donna la forme d'une chapelle gothique à plan carré, avec une magnifique voûte en ogives. Aujourd'hui il en reste une belle pièce carrée au premier étage d'un bâtiment complexe. Le rez-de-chaussée est connu pour abriter un autre lieu saint traditionnel : le tombeau supposé du roi David, qui n'est en fait qu'un cénotaphe, ou mémorial.

 


L'arrestation à Gethsémané et le procès juif


        Le repas terminé, Jésus et ses disciples se rendirent dans un jardin appelé Gethsémané, sur le mont des Oliviers situé à l'est de la ville, de l'autre côté de la vallée du Cédron. Jésus passa la nuit sans dormir dans l'angoisse et la prière, redoutant le sort terrible qui l'attendait. Son arrestation eut lieu en fin de nuit dans ce même jardin. Jésus fut saisi par un groupe d'hommes armés qui firent irruption dans le jardin, sous l'ordre des prêtres juifs et guidés par l'apôtre Judas, qui servit de témoin pour identifier Jésus à coup sûr.

        Sur cette colline est bâtie depuis 1924 une "église de toutes les nations", à la construction de laquelle de nombreux pays ont participé. A l'intérieur de ce sanctuaire et devant l'autel est visible un large rocher plat sur lequel Jésus aurait prié et pleuré pendant les longues heures nocturnes.

        A quelques mètres de là se trouve un autre lieu-symbole de la Passion : l'endroit supposé de l'arrestation. La tradition identifie ce point avec l'entrée d'une grotte, bien que les évangiles n'en fassent pas état. La vénération de cette caverne est attestée par saint Jérôme au VIème siècle. Un récit apocryphe de la Passion déclare que les moments les plus angoissés de Jésus ont été passés dans une caverne. En 1956, le site fut fouillé par les moines franciscains, qui y trouvèrent des fragments de mosaïque et d'autres vestiges remontant aux cinq premiers siècles. Parmi ceux-ci figuraient un pressoir à huile d'olive et une citerne. On comprend mieux que les évangiles aient employé le nom de Gethsémané, car il signifie effectivement "pressoir à huile".






La grotte du jardin des Oliviers, où le Christ aurait été arrêté.
(christusrex.org)





        Jésus fut d'abord conduit au domicile du grand-prêtre Caïphe, où le conseil des prêtres (Sanhédrin) s'était réuni. Ce conseil religieux exerçait une autorité pour faire appliquer la loi juive. Il déclara que le prisonnier méritait la mort parce qu'il avait blasphémé. Cependant le clergé hébreu n'étant pas habilité à prononcer la peine capitale, Jésus fut présenté à l'autorité romaine qui seule décidait de la vie ou de la mort.


Le tombeau de Caïphe


            La sépulture de l’un des principaux acteurs du procès fut découverte en 1990 dans un jardin public du sud de la ville. En effectuant des travaux de nivellement, des ouvriers provoquèrent un affaissement de terrain qui fit apparaître un vaste caveau funéraire antique.

            Le service des antiquités d'Israël confia l'étude du site à l'archéologue Zvi Greenhut. Il s'agissait d'une sépulture juive du Ier siècle, de conception classique mais qui allait révéler un objet inattendu. Des douze ossuaires taillés qui renfermaient les restes de soixante-trois personnes, le plus richement décoré d'entre eux portait gravé sur un côté le nom de son occupant : « Joseph, fils de Caïphe ».

            Les ossuaires sont des sarcophages de petite taille dans lesquels les ossements des morts étaient regroupés plusieurs mois après leur première inhumation, de manière à libérer de la place dans les nécropoles pour les personnes nouvellement décédées.






L'ossuaire du grand-prêtre Caïphe.
(interbible.org)


L'inscription de l'ossuaire du grand-prêtre Caïphe.
(formerthings.com)


            Nous savons grâce à Flavius Josèphe (Ant. Jud. 18, 2,2 ; 4,3) que l'expression « Joseph, fils de Caïphe » est précisément le nom complet du grand-prêtre Caïphe qui selon les évangiles dirigea le procès juif contre Jésus. Cet ossuaire renfermait le corps d'un homme d'une soixantaine d'années, probablement l'un des responsables de la condamnation de Jésus.

            Caïphe occupa le poste de grand-prêtre du Temple entre l'an 18 et l'an 36. Il avait épousé la fille d'Anne, un autre chef d'un parti de prêtres. D'après les évangiles, il justifia le procès pendant une réunion secrète en déclarant qu'il « était préférable qu'un homme meure plutôt que la nation toute entière ». C'est chez lui que Jésus fut retenu après son arrestation, et qui lui demanda s'il était le messie d'Israël.


Jésus au prétoire : le procès romain

 

        Le gouverneur romain Ponce Pilate qui siégeait dans le prétoire (le palais du prêteur), fut embarrassé par le cas de ce prisonnier qui lui semblait innocent. Apprenant que Jésus était originaire de Galilée, il le fit transférer vers le tétrarque de Galilée, Hérode Antipas, de passage à Jérusalem. Celui-ci ne voulut pas le condamner non plus et renvoya le prisonnier vers Pilate. Les prêtres et le peuple juif insistèrent alors lourdement auprès du romain pour que Jésus fût condamné à la croix. Ils arguèrent du fait que Jésus s'était déclaré "roi des Juifs", alors que le seul roi légitime était César. Pilate finit par céder sous la pression de la foule, et la sentence de mort par crucifixion fut prononcée. Il rendit son jugement depuis un tribunal séparé appelé Lithostratos, c'est-à-dire "siège de pierre".

Une tradition répandue identifie le prétoire à la forteresse Antonia, un bastion militaire qui se dressait à l'angle nord-ouest du mont du Temple. Ce terrain est aujourd'hui occupé par le monastère des soeurs de Sion, ou couvent de l'Ecce homo, bâti au XIXème siècle sur un site où subsistent des vestiges romains. Le sous-sol du couvent contient un lieu assimilé au Lithostratos, une grande salle où subsiste aujourd'hui un dallage romain. Des graffiti gravés sur le sol figurent le "jeu du roi" que les légionnaires devaient pratiquer pour s'occuper. On reconnaît le tracé de la lettre B qui pourrait être l'initiale du mot Basileus (roi, en grec). Au niveau le plus bas subsiste la "citerne de Strouthion", un réservoir d'eau voûté qui alimentait probablement la garnison romaine. Au sous-sol toujours, une cellule de prison porte l'inscription grecque : "Prison du Christ", où Jésus aurait été enfermé et maltraité. Cependant rien de tout cela n'est attesté, car le prétoire pourrait tout aussi bien se trouver dans le palais d'Hérode le Grand implanté à l'ouest du mont du Temple.






La salle de la forteresse Antonia,
 lieu du procès de Jésus.

(christusrex.org)


Graffiti romains visibles sur le dallage de la forteresse Antonia.
(christusrex.org)




La stèle de Ponce Pilate


            Des informations historiques sur le gouverneur Ponce Pilate sont fournies par des auteurs anciens comme Tacite, Philon d'Alexandrie et Josèphe, ainsi que par quelques pièces de monnaie émises sous sa législature. L'existence de Pilate a également été confirmée en 1961, par une stèle trouvée dans la ville de Césarée maritime, à quatre-vingts kilomètres à l'ouest de Jérusalem. Cette cité construite sur la côte méditerranéenne avait été bâtie par le roi Hérode le Grand au service de l'occupant romain. Lorsque les archéologues italiens fouillèrent Césarée, l'équipe du docteur Antonio Frova dégagea un ancien théâtre, au milieu duquel trônait une dalle de calcaire de réemploi portant l'inscription latine suivante : "Tiberieum, Pontius Pilatus, Prefectus Iudea", c'est-à-dire : "A Tibère, Ponce Pilate, préfet de Judée".

            Il est intéressant de remarquer que l'historien Tacite donne par erreur à Pilate le titre de procurateur. La présente inscription "rétablit" Pilate dans sa fonction de préfet ; en effet le titre de préfet disparut à la fin du premier siècle, remplacé par celui de procurateur. Les évangiles, quant à eux, emploient simplement le terme de gouverneur.







La stèle de Ponce Pilate, découverte dans le théâtre de Césarée.

(worshipexcellence.org
)




Le jour du dernier repas


            Si le récit de la Passion de Jésus de Nazareth est rapporté en détail, il donne en revanche assez peu d'informations permettant d'en connaître la date exacte. Les historiens qui ont essayé de la calculer se sont plongés dans de difficiles reconstitutions du calendrier. L'un des problèmes rencontrés concerne le déroulement de la semaine sainte qui précède la condamnation, car le calendrier recèle une contradiction : alors que les trois premiers évangiles font de la Cène un repas pascal (Mt. 26,17 ; Mc. 14,12 ; Lc. 22,7), l'évangile selon saint Jean place le dernier repas un ou plusieurs jours avant la fête de la Pâque (Jn. 13,1 ; Jn. 18,28).

            D'autres incohérences ont été relevées dans le récit. Habituellement, la liturgie chrétienne célèbre le dernier repas pascal de Jésus le jeudi saint, et sa mort le lendemain vendredi saint. Le problème tient au laps de temps écoulé entre son arrestation et son exécution, délai qui peut paraître bien court pour un déroulement complet du procès. En l'espace d'une nuit, Jésus aurait été transféré chez l'ancien grand-prêtre, puis chez le nouveau, puis deux fois au prétoire où siégeait Pilate, et entretemps chez Hérode ... Il faut aussi tenir compte de certaines lois et pratiques juives qui figurent dans le Talmud : interdiction pour un tribunal de siéger la nuit, interdiction de condamner à mort un prisonnier en moins de vingt-quatre heures, et interdiction de condamner à mort une veille de sabbat.

          





Prison supposée du Christ, proche de la forteresse Antonia.
(
christusrex.org)






             Une solution élégante a été proposée en 1959 par une spécialiste de l'exégèse biblique et chercheur au CNRS, Annie Jaubert. Elle a publié une étude remarquable qui permet de lever la contradiction tout en étalant davantage dans le temps le récit du procès. Son travail se fonde sur une information déterminante fournie par les manuscrits de la mer Morte.

            En effet les rouleaux de parchemin découverts à Qumran nous apprennent l'existence d'un deuxième calendrier hébreu utilisé au temps de Jésus. Les incohérences tombent si l'on suppose que les quatre évangélistes n'ont pas utilisé le même calendrier. Cette hypothèse met les quatre textes d'accord en proposant que la Cène se soit déroulée non pas le jeudi, mais le mardi. De ce fait, les contradictions disparaissent, les délais sont respectés et le déroulement devient plausible.

          La thèse est en outre appuyée par des témoignages chrétiens très anciens, comme la Didachè des apôtres, un texte catéchétique du Ier ou du IIème siècle retrouvé en 1873 à Constantinople. Ce document semble indiquer qu'au temps de l'Eglise primitive la Cène était célébrée le mardi soir. Si Jésus prit réellement son dernier repas pascal un mardi, il aurait donc passé deux jours en captivité.

            Le résultat de ce travail a emporté de nombreux suffrages chez les exégètes, y compris même au sein du Vatican. Toutefois, cette conclusion risque de perturber les habitudes de la pratique chrétienne. Faut-il pour autant remettre en question le calendrier liturgique actuel de Pâques ? Pas nécessairement : celui-ci a une vocation de célébration plutôt que de reproduction rigoureuse des faits.







Références :

[1] - J. Abela, E. Alliata, E. Bermejo : "Christian Mount Sion". Franciscan Cyberspot, march 24, 2005.
[2] - J. Abela : "The Garden of Gethsemane - Kidron Valley part I". Franciscan Cyberspot, January 6, 2002 (christusrex.org).
[3] - Bernard-Marie (fr.) : "Le cinquième Evangile, d'après les agrapha et quelques mystiques". Presses de la Renaissance, Paris 1998. Imprimatur 1997.
[4] - Terrien S. : "Les pays bibliques". Deux Coqs d'Or, Paris 1977.
[5] - "The "Holy Prison". The area of the Antonia Fortress". Franciscan Cyberspot, January 6, 2002 (christusrex.org).
[6] - F. Manns : "Les témoignages archéologiques liés à la vie de Jésus". Dossiers d'archéologie n°249, déc. 1999.
[7] - J. Abela : "The meaning of the Way of the Cross". Franciscan Cyberspot, January 6, 2002 (christusrex.org).
[8] - "Lithostrotos - Citerne de Strouthion". Couvent de l'Ecce Homo, 3 déc. 2008 (eccehomoconvent.org).
[9] - K.N. Schoville : "Top Ten Archaeological Discoveries of the Twentieth Century Relating to the Biblical World" (biblicalstudies.info).










La suite : La crucifixion

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