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Qui était

la reine de Saba ?

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             L'histoire du roi Salomon relatée dans la Bible contient l'épisode fameux de sa rencontre avec la reine de Saba, une souveraine étrangère qui avait entendu parler de sa renommée et qui se déplaça pour connaître sa sagesse légendaire. Elle se rendit à Jérusalem "par la route de l'or et de l'encens", accompagnée d'une longue suite. Elle fut reçue avec les plus grands honneurs par le roi d'Israël, et fut témoin de ses richesses et de son prestige intellectuel. L'ayant interrogé avec ses questions énigmatiques, elle obtint des réponses brillantes qui confirmèrent sa réputation de sagesse à un point qui dépassa ce que la reine avait auparavant entendu dire. De grandes quantités de présents furent échangés entre les souverains avant que la reine ne reparte vers son pays (1 R. 10, 1-13 ; 2 Chr. 9, 1-2).

De cet énigmatique royaume de Saba, la Bible ne dit rien sinon que la reine avait fait un long voyage chargée de denrées luxueuses : or, pierres précieuses et parfums. L'évangile selon saint Luc (11, 31) l'appelle "reine du Midi", impliquant qu'elle venait du Sud. L'emplacement véritable de son royaume teinté d'exotisme est longtemps resté une énigme. Le nom de la souveraine elle-même demeure inconnu, même si plusieurs légendes tentent de combler ce vide, telle une tradition arabe qui la nomme Belqis.

Une hypothèse longtemps défendue situe le pays de Saba en Ethiopie, selon une tradition africaine locale solidement établie. La littérature éthiopienne a brodé sur ce thème, ajoutant même que la rencontre des deux souverains aurait donné naissance à un fils appelé Ménélik. L'enfant serait devenu plus tard roi d'Ethiopie, son pays pouvant dès lors revendiquer une filiation avec le peuple hébreu. Quoique rien de tout cela n'apparaisse dans la Bible, cette version alimente le fonds culturel éthiopien depuis des siècles.

Une autre piste de recherche qui s'est avérée plus proche du récit de l'Ecriture est celle du sud de la péninsule arabique. Cette région, le Yémen actuel, est longtemps restée isolée du monde occidental. Elle fut explorée en 1843 par le voyageur français Thomas Joseph Arnaud, premier Européen à pénétrer dans l'ancienne capitale du Yémen, Marib [1]. Il en revint chargé de copies qu'il avait faites de dizaines d'inscriptions anciennes trouvées sur place. Par la suite le Français Joseph Halévy et l'autrichien Eduard Glaser lui succédèrent et parcoururent l'ancienne cité au péril de leur vie, le pays étant interdit d'accès aux Occidentaux. Ils rapportèrent de nouvelles copies et empreintes de documents écrits.






Ecriture alphabétique du pays yémenite
(helga.com ; © 1998 Helga Tawil).




L'écriture yéménite antique était totalement inconnue et la signification des textes reproduits demeurait obscure. Elle le resta jusqu'à ce que vers 1870 le mystère de son déchiffrement fut percé, grâce au travail de plusieurs savants et notamment des Allemands Gesenius, Rödiger et Osiander [2]. La traduction des copies de documents fut effectuée et permit d'esquisser l'histoire de ce pays depuis les temps les plus anciens.

Ainsi sortirent de l'oubli les noms de quatre royaumes antiques qui se partageaient la péninsule méridionale : Minéa, Kataban, Hadramaout et ... Sheba. Le lien fut immédiatement établi entre Sheba et le royaume biblique de Saba, qui avait donc bel et bien eu une réalité historique [3][4][5]. La tradition des Ecritures était vérifiée, mais aucune information n'émergea quant au personnage d'une reine qui aurait rencontré un roi d'Israël.

 





Carte du Yemen, où se situait l'ancien royaume de Saba
(longpassages.org).


Les ruines de Marib
(ftiyemen.com).


 

            Les explorations et les fouilles effectuées au Yemen ont néanmoins permis de redécouvrir le patrimoine de ce pays. Plusieurs missions archéologiques furent organisées au XXème siècle dans des conditions encore périlleuses, dues aux risques d'attaques venant des tribus nomades. En 1951, une expédition dirigée par l'archéologue américain Wendell Phillips entama des fouilles à Marib, mais fut contrainte d'abandonner précipitamment le terrain à la suite d'un incident avec les bédouins. Le site fut abandonné au pillage, et les fouilles clandestines alimentèrent le marché noir, détruisant peu à peu le patrimoine archéologique du Yemen. En 1998 cependant, le gouvernement yémenite s'en inquiéta et invita la Fondation Américaine pour l'Etude de l'Homme, présidée par Merylin Phillips Hodgson (la sœur de Wendell Phillips) à reprendre les fouilles interrompues sur le site de la capitale du royaume de Saba [6]. Les recherches n'en sont encore qu'à leurs débuts tant la tâche est immense.

           

 

 



Ruines du temple de Haram Belqis
(al-bab.com ; © Yemen Explorer Tours).


Une citerne au royaume de Saba
(longpassages.org).




            Sur une colline perdue en plein désert, l'ancienne cité de Marib se présente comme un étonnant groupe d'habitations à étages, en partie ruinées et aux silhouettes fantomatiques. Dans l'Antiquité la ville était entourée d'une muraille puissante digne de son statut de capitale. Si l'on s'éloigne de quatre kilomètres vers le sud-est de la ville, on rencontre également les ruines d'un temple vieux de 3000 ans : le Mahram Belqis. Ce sanctuaire est repérable de loin par un alignement de piliers carrés que complètent les fondations d'un bâtiment imposant et une vaste enceinte de forme ovale.

            La région de Marib se caractérise par un autre ouvrage remarquable. Sur le cours du fleuve Adhanat, les anciens Sabéens avaient bâti un barrage monumental qui devait permettre une irrigation intensive des terres et favoriser une production agricole abondante. La culture des épices permit à Marib d'atteindre un haut niveau de prospérité économique, les échanges commerciaux se faisant par la "route des épices" qui longeait les côtes arabes méridionales depuis l'Inde jusqu'au nord du Proche-Orient. Marib alimentait un trafic incessant de caravanes chargées de matières précieuses.



 

Vue aérienne du temple de Mahram Belqis
(redicecreations.com).




            La documentation actuellement disponible a permis de reconstituer les grandes lignes de l'histoire de Saba. L'existence d'un "royaume de Sabum" est mentionnée vers 2500 av. J.-C. dans une inscription de l'un des premiers rois sumériens d'Ur, Arad-Nannar, mais son identification avec l'Etat de Saba est discutée [7][8]. Celui-ci n'est attesté de façon certaine qu'au VIIIème siècle av. J.-C., soit deux cents ans après Salomon. L'Etat de Saba apparaît en effet dans des inscriptions assyriennes en 733 av. J.-C., lorsque le roi sabéen paye un tribut au puissant roi Téglat-Phalasar. Peu de temps après, vers 689, le royaume de Saba prit le contrôle de ses proches voisins, sous la conduite du roi Karib'il Watar qui fonda le premier Etat yéménite unifié avec Marib comme capitale.

            Quarante-cinq rois ont régné sur les Etats du Yémen antique. La puissance de Saba déclina autour du VIème siècle avant notre ère lorsque la route des épices changea d'itinéraire, provoquant le déclin et l'abandon de Marib. A la même époque, les principautés rivales d'Hadramaout et de Qataban imposèrent à leur tour leur suprématie sur l'Arabie du Sud. L'empire romain ne parvint pas à s'implanter dans la péninsule. Après de brèves tentatives de retour en force, le royaume de Saba disparut progressivement entre le IIIème et le VIème siècles de notre ère.





Restes de l'ancien barrage de Marib
(26sep.net).



            Le lien avec l'Ancien Testament est peu documenté. L'existence d'une reine de Saba contemporaine de Salomon n'a pas laissé de traces archéologiques connues, d'autant que les témoignages relatifs à un royaume de Saba déjà constitué au Xème siècle sont rares. Néanmoins la ville de Marib était probablement déjà en place à cette époque, le début de l'occupation du temple du Mahram Belqis se plaçant entre 1200 et 550 av. J.-C. d'après les fouilles.

            En 2010, l'épigraphiste français André Lemaire publia une étude concernant une plaque de bronze sabéenne, gravée d'un texte qui rend compte d'un voyage commercial entre l'Arabie du sud et les "villes de Juda". Signé d'un messager du roi sabéen Yada il Bayin, elle mentionnait une expédition importante vers "Dedan, Gaza et les villes de Juda". Lemaire fait remonter cet objet aux alentours de l'an 600 av. J.-C. [9]. Le fait que des relations commerciales judéo-sabéennes étaient déjà établies à cette date permet d'envisager l'existence de contacts plus anciens. Le paysage économique du célèbre voyage de la reine de Saba en pays israélite ne relève peut-être pas entièrement du mythe.






Références :

[1]- J. Donnett : "Archaeology. Quest for a Queen". Frontline, Vol. 19, Iss. 3, Feb. 02 - 15, 2002 (frontlineonnet.com).
[2] - "Sabaeans". The 1911 Classic Encyclopaedia (1911encyclopedia.org).
[3] - W. Keller : "La Bible arrachée aux sables". Famot, Genève 1975.
[4] - M. Arbach : "Une reine en Arabie du Sud ?" Chroniques yéménites, 12 / 2004 (cy.revues.org).
[5] - "Yémen, au pays de la reine de Saba" (imarabe.org).
[6] - A. Wark : "Arabian desert surrenders Queen of Sheba's secrets". University of Calgary, sept. 2000 (ucalgary.ca).
[7] - H. Yahya : "Les nations disparues", ch. 7, Le peuple de Saba et l'inondation d'Arim (nationsdisparues.com).
[8] - M. Arbach : "La situation politique du Jawf au Ier millénaire avant J.-C.". Chroniques yéménites, 11 / 2003 (cy.revues.org).
[9] - A; Leamire : "Solomon & Sheba, Inc." Biblical Archaeology Review Jan/Feb 2010, Vol 36  No 1, pp. 54-59 ; 82.







La suite : Le schisme en deux royaumes

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