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Le schisme

en deux royaumes

(image : http://mmcelhaney.blogspot.com)





            Le vaste Etat hébreu qu'avaient constitué les rois David et Salomon ne réussit pas à maintenir son unité sous leurs successeurs. Après la mort de Salomon, vers 930 av. J.-C., une grave crise politique mena au partage du pays en deux royaumes séparés. La partie nord fit sécession et constitua le royaume d'Israël, tandis que la partie sud formait le royaume de Juda. Cette séparation est assimilée par les textes à une sanction divine à l’encontre du grand roi, coupable d’avoir épousé des femmes étrangères qui réintroduisirent des cultes païens en Israël.

             L'histoire des deux Etats est détaillée dans les livres des Rois et des Chroniques, avec les noms des rois et les durées de leurs règnes. Si aujourd’hui la crédibilité des évènements bibliques antérieurs au schisme est controversée, en revanche à partir de la monarchie divisée les traces archéologiques deviennent plus substantielles ; de fait, leur histoire est plus solidement attestée.

       
La rupture


            Le litige éclata en 928 avant notre ère, lors d'un incident provoqué par le nouveau roi Roboam, successeur légitime de Salomon. Le jour de son intronisation organisée à Sichem, le peuple réclama un assouplissement de la politique menée jusqu'alors. Mais Roboam répondit sèchement et par la négative. Dès lors, les relations s'envenimèrent, la plupart des tribus israélites se séparèrent et constituèrent un royaume indépendant.

            Le nouvel Etat prit pour roi un ancien fonctionnaire de Salomon, Jéroboam. Appelé désormais royaume d’Israël, son domaine regroupait la plus grande partie de l'ancien Etat unifié de David, rassemblant les territoires de dix tribus. Il ne restait à celui où régnait Roboam que deux tribus fidèles de la région sud, Juda et Benjamin. Sous le nom de royaume de Juda, il demeurait centré sur sa capitale Jérusalem.
           






Sceau portant le nom du roi d'Israël Jéroboam
(biblepicturegallery.com
).




            Les deux Etats hébreux suivirent des destins parallèles pendant plusieurs décennies et furent souvent en conflit. Il leur arriva aussi de s'allier pour résister aux ambitions des grandes puissances de l'époque, notamment chaldéennes. Les deux royaumes étaient fragiles ; d'après la Bible, leur destin dépendait étroitement de leur obéissance aux commandements et aux messages du dieu Yahweh. Or la majorité des rois d'Israël et de Juda se comportèrent comme des monarques idolâtres et meurtriers, sourds aux conseils des prophètes qui parlaient en son nom.

 

Du schisme à la chute du royaume d'Israël

 

Après cinq ans de règne, en 925 av. J.-C., le roi de Juda Roboam eut à combattre une invasion venant d'Egypte et menée par le pharaon Sisak. L'armée égyptienne ravagea le pays et détruisit plusieurs villes. Elle s'empara des trésors du Temple bâti par Salomon, puis à l'issue de cette razzia rentra en Egypte d'où elle ne devait plus ressortir avant longtemps.

Le roi Sisak s'identifie certainement au pharaon Sheshonq Ier, fondateur de la XXIIe dynastie égyptienne (943-922 environ av. J.-C.). C'est la première fois que la Bible désigne un roi d'Egypte par son nom véritable. Par chance, ce pharaon a lui aussi consigné le souvenir de sa campagne en le faisant graver sur un mur du temple d'Amon à Karnak. A côté de l'image du roi Sheshonq est inscrite la liste des villes de Palestine qu'il détruisit, parmi lesquelles se lisent les noms de plusieurs cités bibliques : Gabaon, Rehov, Beth Shean, Arad, Megiddo ... Cette expédition est également illustrée par un objet retrouvé en Israël dans les ruines de Megiddo, un fragment de stèle de victoire érigée par Sheshonq Ier.






Le roi Sheshonq Ier représenté dans le temple de Karnak
(lessing-photo.com).



Liste de villes conquises par Sheshonq Ier. Temple de Karnak
(lessing-photo.com).




Pendant ce temps, au Nord, le roi d'Israël Jéroboam qui avait établi sa capitale à Sichem, eut plusieurs successeurs indirects dont le roi Omri qui fonda une nouvelle capitale, Samarie. Son fils Achab hérita du trône et épousa une princesse phénicienne du nom de Jézabel. Cette souveraine à la triste réputation introduisit en Israël le culte du dieu Baal et fit exécuter les prêtres et les prophètes de Yahweh. A l'extérieur, Achab mena une guerre défensive contre la Syrie, dont le roi Benhadad s'était allié avec celui de Juda. Achab fut tué lors d'un combat contre les Syriens.

             Le règne de son fils et successeur Joram fut marqué par un soulèvement dans le pays de Moab, territoire vassal d'Israël et dont le roi Mésha refusait de payer le tribut. Israël monta une expédition punitive, et pour la circonstance il s'allia avec Juda ; les deux armées hébraïques dévastèrent le pays des Moabites avant de s'en retourner (2 R. 3).

            Cet épisode de la guerre contre Moab trouve une confirmation archéologique dans la stèle dite de Mesha, une pierre gravée découverte en 1868 à Dhiban en Jordanie par un pasteur allemand, F.A. Klein. C'est une dalle de basalte noir qui a connu une histoire mouvementée. Peu après sa découverte, les bédouins s'imaginèrent qu'elle contenait un trésor et la brisèrent en morceaux. Mais déçus de ne rien trouver à l'intérieur, ils en dispersèrent les fragments. Par chance, l'archéologue français Charles Clermont-Ganneau en avait auparavant réalisé un moulage, précaution qui lui permit de la reconstituer en partie et de décrypter l'inscription qui la couvrait [1].


 

 


La stèle de Moab, ou de Mesha (musée du Louvre)
(bible-history.com
).

 

 

            Le long texte gravé sur la pierre, rédigé dans une langue très proche de l'hébreu ancien, précise que le roi de Moab remporta une victoire sur les Hébreux :

            "(…) Maintenant les hommes de Dieu demeuraient sur la terre d'Atharoth, et le roi d'Israël avait construit Atharoth pour eux ; mais j'ai attaqué la ville, je l'ai prise, et j'ai massacré tous ses occupants à la grande satisfaction de Chemosh et de Moab (…)".

            La stèle mentionne un peu plus bas le nom de "Omri, roi d'Israël", et cite également le nom du dieu des Hébreux, Yahweh. A la fin du texte se trouve un groupe de mots qui semble signifier "maison de David", mais la traduction de ce morceau en mauvais état est controversée. On remarque en outre que la version des Moabites contredit celle des Israélites, puisque chacun des deux camps revendique la victoire !

            Le roi d'Israël Joram qui avait conduit cette guerre contre Moab fut assassiné en 841 par le chef de son armée, Jéhu, qui prit le pouvoir à sa place. La politique religieuse du roi Jéhu fut moins païenne que celle de ses prédécesseurs, car il fit bannir du pays le culte idolâtre du dieu Baal et exécuter tous ses prêtres. Il n'eut pas pour autant la tranquillité à l'extérieur, car il fut entraîné dans une nouvelle guerre contre la Syrie. Le roi de Damas Benhadad vint mettre le siège devant Samarie, mais sans succès. A sa mort, son fils Hazaël remporta plusieurs succès militaires contre Israël, qui perdit de nombreux territoires. Les terres perdues seraient cependant récupérées plus tard par Joas, l'un des successeurs de Jéhu.

La stèle de Tel Dan, déjà évoquée plus haut et qui porte l'expression "maison de David", est également témoin de ces évènements [2][3]. Elle est datée du IXe ou du VIIIe siècle av. J.-C. et l'auteur du texte est le roi Hazaël de Damas. Le texte précise qu'il tua "Achaz-Yahu, fils de Joram, roi de la Maison de David". Ces noms apparaissent précisément dans la généalogie des successeurs du roi David. Ce ne sont pas les seuls, puisque d'autres rois hébreux figurent encore sur cette stèle dans les expressions suivantes : "Joram, fils d'Achab, roi d'Israël", et "Jéhu qui régnait sur Israël".

 


 




Stèle de Tel Dan citant la maison de David.

 



            Une autre pièce archéologique porte également le nom et l'image du roi Jéhu ; il s'agit d'une sorte d'obélisque, découvert en 1846 par le britannique Austen Henry Layard dans l'ancienne cité mésopotamienne de Nimrud [4]. Le monolithe de calcaire noir a la forme d'une ziggurat allongée et porte sur ses faces latérales des images sculptées en bas-relief. Il montre le roi Jéhu agenouillé devant le puissant Salmanasar III, et derrière lui des serviteurs chargés de cadeaux destinés au roi d'Assyrie. Curieusement, la soumission de Jéhu à Salmanasar n'est pas mentionnée dans la Bible, mais il n'est pas exclu que le royaume d'Israël ait pu être vassal de l'Assyrie au temps de Jéhu.

 







L'obélisque du roi assyrien Salmanasar
(unige.ch
).


Détail : le roi d'Israël Jéhu agenouillé devant le roi Salmanasar
(ilivius.org
).



            L'irrésistible ascension de l'empire assyrien allait bientôt être fatale au petit Etat d'Israël. Le puissant royaume chaldéen avait pris naissance dans la ville d'Assour en Mésopotamie, et allait supplanter celui de sa voisine et rivale Babylone. Le roi assyrien Téglat-Phalasar III inaugura cette politique conquérante en se tournant vers l'Ouest et le Proche-Orient, et conquit un immense territoire s'étendant de la Chaldée jusqu'à l'Asie Mineure et l'Egypte.

 



Carte montrant l'étendue de l'empire assyrien
(ot103.wordpress.com).


 

 

            Lorsque Téglat-Phalasar menaça les pays méditerranéens, Israël refusa de se soumettre et forma une coalition avec la Syrie, dans laquelle il tenta même d'entraîner le royaume de Juda. Mais son roi Achaz refusa de s'y joindre. Samarie et Damas voulurent l'y contraindre, et marchèrent contre Jérusalem. Achaz se retrancha dans Jérusalem et appela l'Assyrie à son secours, en acceptant ses conditions qui furent le paiement d'un lourd tribut. Téglat-Phalasar intervint en sa faveur et renversa la situation. Il prit Damas, sauvant ainsi le royaume de Juda tandis qu'Israël s'inclinait.

            A la mort de Téglat-Phalasar, le roi d'Israël Osée tenta de s'affranchir de la tutelle assyrienne en demandant cette fois le soutien de l'Egypte. Ce pays ne lui fut d'aucun secours, car lorsque le nouveau roi assyrien Salmanasar V l'apprit, il réagit en venant capturer Osée, qu'il jeta en prison, et en assiégeant Samarie. Après trois ans de siège, la capitale du royaume d'Israël tomba aux mains de son successeur Sargon II, et ce fut la fin définitive du royaume du Nord (722 av. J.-C.).






Sceau du dernier roi d'Israël, Osée
(prophetess.lstc.edu/~rklein).



La chute de Samarie fut lourde de conséquences pour le peuple israélite. Samarie et ses territoires devinrent une province assyrienne. Les Chaldéens pratiquèrent une politique de déplacements forcés des peuples vaincus, destinée à briser leurs capacités de résistance en les éloignant de leurs pays d'origine. Un grand nombre d'habitants de Samarie furent donc déportés en Mésopotamie, tandis que des peuples étrangers s'installaient à leur place. Il se forma de ce fait un groupe composite appelé les Samaritains, dont une partie conserva néanmoins sur place une forme de monothéisme. Par la suite les Samaritains bâtirent sur le mont Garizim leur propre temple, dédié au même dieu des Hébreux. Mais aux yeux des habitants de Juda ils firent figure de peuple païen et demeurèrent longtemps un objet de mépris.

  

Le sursis du royaume de Juda

 

            Tandis qu'en 722 le royaume de Samarie tombait sous les coups de la puissance assyrienne, l'heure de la fin n'avait pas encore sonné pour le royaume de Juda. Tout le Proche-Orient était tombé aux mains de l'Assyrie à l'exception de Jérusalem, qui fut assiégée à son tour.

            A l'époque où les Assyriens mirent le siège devant Jérusalem (701), le pieux roi Ezéchias régnait sur Juda. Il avait voulu s'affranchir de la suzeraineté assyrienne en prenant le risque d'interrompre le paiement du tribut. Le roi Sennachérib partit alors en guerre contre lui et assiégea Jérusalem. Du pied du rempart, les Assyriens provoquèrent ses habitants enfermés dans ses murs et insultèrent leur Dieu. Ezéchias était resté fidèle au monothéisme, et face au puissant roi d'Assyrie il mit tous ses espoirs dans la protection de Yahweh.

            De fait, le siège de Jérusalem fut un échec pour l'Assyrie car la ville fut sauvée par un secours providentiel. A la suite des prières d'Ezéchias, il arriva en effet que la plupart des soldats assyriens périrent brutalement, victimes d'un terrible fléau. Sennachérib privé d'armée fut contraint de lever le siège et de se replier sur sa capitale, Ninive.



   



Sceau du roi Ezéchias
(formerthings.com).


 

 

        Tel est le récit qui figure dans les livres bibliques. Ceux-ci précisent en outre que la ville disposait d'un système d'approvisionnement ingénieux. En effet, Ezéchias s'était préparé au siège en faisant réaliser sous la ville de Jérusalem un remarquable ouvrage souterrain. Deux passages du second livre des Rois indiquent qu'il avait fait creuser un canal afin de fournir à la cité l'eau détournée d'une source :

            "Ezéchias eut richesse et gloire en surabondance (...). Ce même Ezéchias ferma l'issue supérieure des eaux de Gihon et les dirigea par-dessous vers l'Ouest, jusqu'à la cité de David" (2 Chr. 32, 27-30) ; "Le reste des actes d'Ezéchias, sa puissance et comment il fit la piscine et l'acqueduc pour amener les eaux dans la ville, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales  des rois de Juda ?" (2 R. 20, 20).

            La galerie aménagée sous le règne d'Ezéchias a été retrouvée par Edward Robinson en 1838 [5]. C'est un conduit souterain taillé dans la roche, qui part de la source de Gihon, à l'Est de la ville, pour atteindre la piscine de Siloé implantée plus au Sud dans l'ancienne cité de David. Aujourd'hui encore, les visiteurs peuvent le parcourir les pieds dans l'eau. A mi-chemin de la galerie, une inscription antique gravée en hébreu a été trouvée sur la paroi. Elle commémore l'achèvement du tunnel et en particulier l'instant où les foreurs partis des deux extrémités firent leur jonction :

     "... (quand le tunnel) fut percé. Et voilà la manière par laquelle les deux côtés se rejoignirent : alors (qu'ils ... étaient encore à utiliser leurs) pioches, un homme en face de l'autre, et alors qu'il restait encore trois coudées à percer, (on entendit) la voix d'un homme appelant ses camarades, car il y avait un chevauchement dans le rocher sur la droite (et sur la gauche). Et quand le tunnel fut percé, les carriers taillèrent (le roc), un homme en face de l'autre, pioche contre pioche ; et l'eau coula de la source vers le réservoir sur 1200 coudées, et la hauteur du roc au-dessus de la tête des carriers était de 100 coudées".

            L'inscription rupestre fut détachée de la paroi au temps de l'empire ottoman, et emportée à Istanbul où elle est encore conservée.

 

 




Le tunnel d'Ezechias
(bibleplaces.com).



L'inscription du tunnel d'Ezéchias
(ibibleistrue.com).



 

Une étude géologique a été effectuée dans le tunnel en 2005 par le professeur Amos Frumkin, de l'Université hébraïque de Jérusalem [6]. Elle permit de préciser les techniques de creusement et d'orientation employées par les foreurs. L'âge du tunnel fut confirmé par une datation faite avec la méthode du carbone 14, complétée par une autre utilisant les isotopes de l'uranium et du thorium. Les résultats obtenus s'accordèrent remarquablement autour de l'an 700 avant notre ère, date correspondant au règne d'Ezéchias et au siège de Jérusalem tenu par les Assyriens.

 

 

Tracé du tunnel d'Ezéchias dans la Cité de David
(hitch.south.cx/biblesidenotes.htm).


 

 

Le siège de Jérusalem mis au temps d'Ezéchias a également laissé des traces écrites dans les documents assyriens eux-mêmes. En 1830, le colonel Robert Taylor, consul général britannique de Bagdad, trouva un curieux objet dans les ruines du palais royal de Ninive [7]. Il s'agissait d'une colonne hexagonale de terre cuite entièrement couverte de caractères cunéiformes. Le "prisme de Taylor" ainsi nommé porte inscrites les annales historiques du roi Sennachérib. Celui-ci se glorifie des campagnes militaires qu'il a menées, et mentionne même le siège de Jérusalem tenu par ses troupes en citant le nom du roi de Juda : "Pour le Juif Ezéchias, qui ne se soumit pas à mon joug, j'investis quarante-six de ses villes fortifiées (…). Quant à Ezéchias lui-même, je l'enfermai dans Jérusalem, sa cité royale, comme on met un oiseau dans une cage". Le récit du siège se termine en mentionnant la fourniture par Ezéchias de nombreuses denrées, ce qui confirme qu'apparemment la ville paya un tribut mais ne fut pas prise [8].







Le prisme de Taylor
(news.uchicago.edu
).




            La cause de la mort subite des soldats assyriens a trouvé une explication, révélée par l'historien grec Hérodote d'Halicarnasse dans un texte du Ve siècle av. J.-C. Hérodote fournit des précisions sur le siège de Jérusalem mis par Sennachérib en indiquant que le camp assyrien a subi une invasion de rats, animaux parfois porteurs de maladies contagieuses, et que l'armée de Sennachérib a été décimée par une peste foudroyante. Ce fait explique sans doute l'échec assyrien attribué par les Judéens à l'intervention divine en réponse à leurs prières.

Peu de temps après le règne d'Ezéchias, l'un de ses successeurs nommé Josias entreprit de restaurer sérieusement la religion monothéiste. Josias fit procéder à d'importantes réparations dans le temple de Salomon qui s'était dégradé. Au cours de ces travaux, un prêtre nommé Helcias découvrit dans le sanctuaire en réfection un manuscrit oublié, le "livre de la Loi de Moïse". Il s'agit probablement du Deutéronome, dont on fit la lecture en présence du monarque, qui réalisa alors à quel point le culte monothéiste avait été négligé. Il s'en émut et fit relire publiquement le livre devant tout le peuple rassemblé. Josias mena une réforme religieuse active à travers tout le pays, dont les autels païens furent renversés (2 R. 22-23 ; 2 Chr. 34-35).


Josias et la naissance de la Bible

            Le professeur Finkelstein a récemment insisté sur l'importance du rôle de Josias, faisant même de lui l'initiateur de la rédaction de tous les livres bibliques antérieurs. Selon l'archéologue, la rédaction de l’Ancien Testament n'aurait commencé qu'au VIIe siècle et n'aurait été rien d'autre qu'une vaste opération de propagande destinée à unir politiquement des peuples divers. Cette hypothèse justifie sa conviction que les textes bibliques auraient été écrits longtemps après les évènements qu'ils relatent.

            Ce scénario proposé à notre époque est discutable. D'abord parce que les résultats des fouilles ne vont pas toujours dans ce sens ; ensuite parce qu'il semble difficile de faire croire à un peuple un passé qu'il n'a pas vécu. Que l'on pense à l'attachement profond des Juifs à la mémoire de leurs origines, qui se transmet avec force depuis des millénaires. Cette culture serait-elle artificielle ? Il est permis d’en douter, auquel cas le roi Josias n’a fait que remettre à l’honneur une littérature historique et religieuse déjà existante.


Les richesses de Ketef Hinnom

 

        Un aperçu des conditions de vie en Juda et un indice relatif à l’âge des plus anciens textes bibliques ont été révélés par la découverte d'un véritable trésor, faite en 1979 dans une nécropole proche de l'ancienne ville de Jérusalem. Le nom de Ketef Hinnom, "épaule de Hinnom" en hébreu, désigne un terrain implanté au Sud-Ouest de la cité historique, sur un versant de la petite vallée de Hinnom. Lorsque l'archéologue israélien Gabriel Barkay, de l'université de Tel-Aviv, commença à fouiller en contrebas d'une église écossaise dédiée à Saint André, il ignorait qu'une réserve d'objets hautement précieux l'y attendait.




La vallee de Hinnom
(allaboutjerusalem.com).



            Le site repéré par Barkay présentait des traces d'occupation remontant à plusieurs époques, dont la plus ancienne comprenait une nécropole antique. De nombreuses tombes rupestres étaient regroupées dans des caves taillées dans la roche. Quelques-unes étaient exposées à l'air libre, sous l'emplacement d'une ancienne voûte naturelle qui s'était effondrée. Seuls subsistaient les bancs prévus pour les corps, soigneusement taillés. Le site avait servi de lieu d'entreposage jusqu'à l'époque ottomane et semblait peu prometteur [9].

            Lors d'une fouille préliminaire organisée avec le concours d'un groupe de collégiens, un jeune participant révéla sous une plateforme l'ouverture scellée d'une fosse creusée dans le rocher. L'entrée une fois dégagée laissa apparaître une cavité inconnue, apparemment un classique dépôt où les corps étaient finalement regroupés. Mais cette cavité contenait beaucoup plus que des os. Elle était remplie d'une accumulation d'objets de grande valeur enfouis dans un sédiment d’une hauteur de soixante centimètres.








La cachette et son entrée
(bibleplaces.com).


Quelques-uns des objets trouvés à Ketef Hinnom
(members.bib-arch.org).



            La découverte s'avéra extraordinaire. On compta plus d'un millier de pièces de joaillerie et d'orfèvrerie, mêlées à divers objets d'usage courant. Pierres précieuses, bagues, perles, colliers, pendentifs et boucles d'oreilles côtoyaient lampes à huile, pointes de flèches, récipients de verre et vases d'albâtre. L'ensemble datait de la fin de l'époque du Premier Temple, autour du VIIe siècle av. J.-C. et représentait une valeur inestimable, constituant dès lors la plus riche collection funéraire jamais exhumée à Jérusalem.

            Mais l'intérêt majeur de cette découverte résidait dans celle de deux éléments du lot, a priori insignifiants et qui s'avérèrent encore plus précieux que tout le reste. Il s'agissait de deux petits feuillets d'argent enroulés sur eux-mêmes et qui portaient des signes d'écriture gravés. Ils furent étudiés en laboratoire par des spécialistes du musée d'Israël, qui les déplièrent avec d'extrêmes précautions pour éviter leur déterioration, ce qui nécessita trois ans de travail.





Les deux rouleaux d'argent de Ketef Hinnom
(members.bib-arch.org).



        Chaque feuillet était gravé de quelques mots écrits en lettres paléo-hébraïques. Ils furent déchiffrés par la paléographe israélienne Ada Yardeni, qui constata à sa grande surprise que c’étaient de courts extraits de l'Ancien Testament. Il s'agissait en effet de deux versets du livre des Nombres (6, 24-25), qui expriment un poème de bénédiction tiré du rituel des prêtres institué au moment de l'Exode : "Que Yahweh te bénisse et te garde" ; "Que Yahweh fasse pour toi rayonner sa face et t’acorde sa grâce !"

        On suppose que ces deux rouleaux d'argent servaient d'amulettes et que le propriétaire devait les porter sur lui. Leur datation estimée au VIIe siècle av. J.-C. en fit les plus anciens supports aujourd'hui connus d'extraits de textes bibliques [10]. Ainsi le matériel exhumé à Ketef Hinnom révélait-il d'une part qu'à cette époque le niveau de vie à Jérusalem était relativement élevé, et d'autre part que certains versets de l'Ancien Testament avaient déjà pris forme.








Pièces de joaillerie mises au jour à Ketef Hinnom
(members.bib-arch.org).




Références :

[1] - B. Wood : "What does the Moabite Stone reveal about the Biblical Revolt of Mesha ?" (christiananswers.net).
[2] - "David found at Dan. Inscription crowns 27 years of exciting discoveries". Biblical Archaeology Review 20:02, Mar/Apr. 1994 (cojs.org).
[3] - D. Danzig : "Tel Dan Stele, c. 840 BCE" (cojs.org).
[4] - D. McClister : "The black obelisk of Salmanasar III". Truth Magazine Vol XLV 1 p.10 january 4, 2001 (truthmagazine.com).
[5] - T. Bolen : "Tunnel d'Ezéchias" (biblelieux.com).
[6] - A. Frumkin, A. Shimron : "Tunnel engineering in the Iron Age : geoarchaeology of the Siloam Tunnel, Jerusalem". Journal of Archaeological Science 33 (2006) 227-237.
[7] - "The Taylor Prism" (britishmuseum.org).
[8] - C. Marston : "La Bible a dit vrai". Plon, Paris 1962, p. 181.
[9] - G. Barkay : "The riches of Ketef Hinnom". Biblical Archaeology Review, Jul/Aug Sep/Oct 2009, 22-28, 30-33, 35, 122-126.
[10] - G. Barkay, M.J. Lundberg, A.G. Vaughn, B. Zuckerman, K. Zuckerman : “The Challenges of Ketef Hinnom: Using Advanced Technologies to Reclaim the Earliest Biblical Texts an their Context“. Near Eastern Archaeology, Vol. 66, No. 4 (Dec. 2003), pp. 162-171.










La suite : La déportation à Babylone

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